Bon… comment résumer 2025 en un bilan à la fois exhaustif et cohérent? D’emblée, on dirait que ce fut, d’une manière encore plus marquée que par le passé, l’année de la fatigue collective. Loin de pouvoir s’apaiser la nation canadienne a au contraire dû s’endurcir, pour répliquer aux velléités belliqueuses de l’autocrate orangé à la moumoute vindicative qui s’est réinstallé dans la Maison Blanche chez nos voisins du Sud.

En réponse, les Canadiens blasés ont choisi de réélire à Ottawa un gouvernement minoritaire, dirigé par un administrateur comptable – à mon avis compétent et qui, je persiste à le croire, est la bonne personne à avoir aux rênes du pays en ce moment –, mais qui est certes plus prudent que flamboyant… parfois même un peu trop. On aimerait un peu plus de mordant pour répondre aux tumultes économiques et politiques actuels, et affirmer concrètement une place forte du Canada sur la scène internationale. Le tout, dans un contexte de repositionnement massif de l’échiquier mondial. Un de mes amis a commenté la situation comme une partie de Jenga, jouée avec trop de joueurs sur une table bancale, une analogie sympathique qui me semble en fait assez juste.  

Car il est indéniable que les tribulations géopolitiques présentes, bien que polarisantes, offrent aussi un terrain fertile en opportunités, notamment pour de nouvelles alliances. Et c’est ce que ce semble tenter le gouvernement de Mark Carney, avec une patience administrative un brin kafkaïenne… et parfois même un peu trop mièvre en comparaison à l’agressivité politique et économique de plusieurs autres pays et puissances. Au passage, Ottawa aura aussi accouché d’un budget en demi-teintes, à mi-chemin entre une austérité camouflée sous un vernis de modernisation de ses infrastructures, et une réelle volonté d’assurer sa souveraineté économique, en assumant potentiellement un plus grand rôle de leader mondial. Au final, il paraît clair que le Canada a enfin entamé une salutaire et nécessaire transformation, mais on peut néanmoins se demander jusqu’à quel point y est-on résolus: le Canada veut-il être un joueur d’impact de premier trio, ou alors un simple arbitre? 

Question sociétale, 2025 n’a pas été une année tranquille. Les problèmes passés demeurent, d’autant exacerbés par le climat socioéconomique tous azimuts: inflation galopante et persistante ; Crise du logement qui n’est pas seulement  montréalaise mais dont les symptômes affectent toutes les plus grandes métropoles, avec une prolifération des loyers hors de prix; itinérance endémique tous horizons; inégalités socio-salariales et disparités entre des riches toujours plus fortunés et les pauvres toujours plus asphyxiés financièrement, mais qui englobent aussi maintenant une bonne portion de cette fameuse classe moyenne quasi-mythique; et bien sûr des services publics sous pression extrême. De sorte qu’on a collectivement l’impression lassante d’être en train de gérer une crise en continu. En cours de route on a aussi pu intégrer deux nouvelles réalités: soit que la technologie n’est pas toujours notre amie (surtout quand elle décide qu’on a dit quelque chose qu’on n’a jamais dit ou qu’elle nous envoie une vidéo de Mark Carney ou de François Legault en train de vanter de la cryptomonnaie); et deuxièmement que, n’en déplaise aux adeptes du «je travaille mieux dans le confort douillet de ma maison», le télétravail a ses limites (notamment quand on réalise qu’on n’a pas quitté son salon depuis février et que l’empreinte de nos fesses crée un relief 3D sur notre canapé). 

Côté provincial, on dirait que Québec a passé son temps à réinterpréter sa version de «Je t’aime moi non plus». Difficile de ne pas être perplexes, voire blasés quand on considère certains des moments-phares des relations fédérales-provinciales, où Québec demandait plus de pouvoirs, Ottawa demandait plus de patience, et chacun prétendait avoir obtenu une victoire après des rencontres où tout le monde repartait avec exactement ce qu’il avait en arrivant.!. Un singulier et parfois déroutant ballet d’amour – haine donc avec Ottawa, mais aussi avec les médias, avec les autres partis et bien entendu avec les syndicats…  Tous les syndicats. Tous azimuts. Et en tout temps, dirait-on… dans la trame narrative d’un deuxième mandat qui a ainsi continué son chemin chaotique et souvent un peu désastreux, et où François Legault a hélas persisté malgré lui à progressivement troquer son image de patriarche rassurant lors des années pandémiques, pour celle d’un mononcle un peu lourdaud et radoteux. 

Entre-temps, tant la CAQ que les autres partis ont continué cette vieille rengaine agaçante de tir croisé sur celui qui domine les sondages et semble le favori pour remporter les prochaines élections, Paul St-Pierre Plamondon, notamment en exagérant grossièrement et artificiellement leur «indignation» quant à la forme employée par le Chef du Parti Québécois pour dénoncer le manque d’empathie de Marc Miller envers la cause francophone, cela avec une espèce de complicité tacite déroutante d’une majorité de médias en manque de nouvelles. Mais encore une fois, n’en déplaise à tout ce beau monde, non seulement il n’y avait rien de choquant dans la forme des propos tenus par PSPP, mais il avait entièrement raison quant au contenu.  

Et finalement, évidemment Montréal. Ah… Montréal, source perpétuelle d’énervement et de désappointement pour ses résidents, mais qui inexplicablement finit toujours relativement haut placée dans la liste des villes où il fait le plus bon vivre au monde et alors que la ville a même été à nouveau élue meilleure destination d’affaires en Amérique du Nord, une liste écrite par des gens qui clairement n’habitent pas ou ne travaillent pas eux-mêmes à Montréal. Mais pour en revenir à nos moutons, mis à part en ce qui concerne le Tourisme qui a été foisonnant et a pleinement profité de la défection mondiale des voyageurs à l’encontre des belliqueux et insultants États-Unis, 2025 a été indéniablement une année difficile pour notre métropole. En fait, si Montréal était un personnage, on aurait pu en 2025 la représenter assise dans un bistro de la rue Sainte-Catherine, café latté à 9,75$ à la main, répétant «ça va ben aller» en espérant que quelqu’un finisse par la croire. L’appareil administratif a été un bordel sans nom, empesé par une bureaucratie fonctionnaire boursoufflée et des finances municipales sursollicitées par la très dépensière administration Plante alors en place. 

Bien sûr, les chantiers ont aussi continué à pulluler. Partout, tout le temps, des chantiers, des cônes orange et des travaux interminables. Perpétuellement à recommencer. Et à travers ce constant dédale de rues fermées, de voies détournées et d’artères en rénovation, les cyclistes continuent de rouler toujours aussi vite et sans respecter les stops, et les piétons quant à eux tentent d’éviter la mort en esquivant tout à la fois les vélos et les trottinettes électriques. L’itinérance est demeurée endémique et semble même avoir augmenté pendant que les organismes (et les médias) communautaires, débordés par l’ampleur du travail, tentent d’aider du mieux qu’ils peuvent malgré un encouragement municipal déplorablement rachitique. Sans oublier évidemment la Crise du Logement, et surtout de logements abordables en fait, qui a continué de sévir. Parce que des projets de condos de luxe, ça, on en a vu apparaître une pléthore, même dans des coins où autrefois seule une famille d’écureuils aurait voulu vivre il y a cinq ans. Mais pendant ce temps, le prix d’un 4½ à Montréal pourrait servir à financer un programme spatial ET un barrage hydroélectrique. 

Mais au moins, le meilleur semble à venir, alors que la ville est enfin libérée de la médiocre administration Plante (oui, je sais… mais je m’en permets une dernière pour 2025, en 2026 je serai passé à autre chose). Espérons que les choses tournent pour le mieux, que notre santé à tous retrouve sa pleine forme, et que nos portefeuilles collectifs se remplissent à un rythme un peu plus soutenu et similaire à celui des grandes fortunes. Sur ce, même si Disney a massacré cette œuvre cinématographique qui m’est précieuse, laissez-moi vous quitter en citant une maxime issue de Star Wars et légèrement amendée pour cette fin d’année: Que le force soit avec vous, et la farce au rendez-vous! Beaucoup d’amour chers lecteurs, on se reparle en 2026.

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Échos Montréal

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