(Entrevue complète)

Première femme à présider le Conseil municipal de Montréal, Cathy Wong a quitté la politique en 2021 pour s’occuper de sa famille. Elle est finalement revenue lors des dernières élections municipales, remportant la mairie du Plateau-Mont-Royal, où elle habite depuis une quinzaine d’années. Entrevue.

Cathy Wong © Échos Montréal

Quelle est votre histoire avec le Plateau-Mont-Royal?

Dans les années 1970, ma famille a immigré du Vietnam à Montréal. Puis le premier lieu qu’ils ont choisi pour habiter, c’est le Plateau. Ils étaient environ dix dans un petit logement, juste à côté du métro Laurier. Ensuite, comme étudiante, j’ai déménagé sur le Plateau [après une enfance dans Verdun]. Ensuite, j’y suis restée comme jeune professionnelle, et finalement aujourd’hui, j’y habite avec mes deux enfants, comme maman. Alors, je peux dire que j’ai vraiment connu le Plateau sous tous ses angles, comme étudiante, comme jeune professionnelle, et aujourd’hui, comme maman et mairesse.

Après un premier mandat d’élue en tant que conseillère de ville, vous avez quitté la politique entre 2021 et 2025. Pourquoi être partie, et pourquoi être revenue?

Lorsque j’ai terminé ce mandat en 2021, j’ai pris le choix de ne pas me représenter pour passer plus de temps avec ma famille […], alors que j’avais donné naissance à ma première fille. Je suis revenue ensuite parce que je voulais développer un quartier pour mes enfants, dans lequel je pouvais les élever. J’avais envie de travailler pour développer des quartiers à leur image, pour les futures générations.

Vous faites souvent référence à votre vie de mère à côté de votre vie en politique. Est-ce un choix de visibiliser la conciliation de vos vies familiale et professionnelle?

Absolument. Je pense que pendant mon premier mandat, j’étais peut-être prise dans une dualité où c’était l’un ou l’autre. Lorsque j’ai décidé de me lancer dans cette campagne-ci, je me suis dit […] qu’il fallait que je me présente entière, et qu’il fallait aussi montrer des exemples de femmes qui ne font pas de compromis sur ce qu’elles sont. J’ai vu trop de femmes en politique devoir cacher ou devoir faire comme si leur vie familiale était secondaire. Alors que pour moi, elle est aussi principale que mon travail politique et elle influence même mon regard, par exemple lorsqu’on parle de nos parcs, de sécurité publique, de verdissement, etc.

Comment avez-vous vécu ce changement d’échelle en tant qu’élue, entre la Ville et l’arrondissement?

Super positivement. J’adore découvrir tout ce que la vie en arrondissement permet. Pour moi, c’est avant tout d’être une mairesse de proximité, de pouvoir être présente pour les résidents, et de pouvoir mieux comprendre et répondre à leurs enjeux quotidiens. En fait, il n’y a rien de plus concret que la vie d’arrondissement sur le Plateau. Lorsqu’on refait un parc, qu’on verdit, qu’on plante des nouveaux arbres, qu’on change certains éléments de la circulation… ça touche le quotidien des gens. Moi, j’ai une passion pour ces projets-là qui sont directement connectés avec le quotidien des gens.

Quels sont les grands dossiers sur lesquels vous travaillez en ce moment?

Au niveau de l’urbanisme, on a de nombreux projets qui sont en route. C’est sûr qu’on veut que le Plateau demeure un quartier où on peut accueillir des familles, avec des logements abordables et des services. Alors, on accompagne des projets de logement, mais aussi culturels, sociaux et communautaires, qui nous tiennent à cœur. Il y a par exemple le Centre culturel afro-canadien de Montréal (CCAM), qui vise à occuper l’ancienne école des Beaux-Arts, ou le Refuge des Jeunes, dont on va peut-être accueillir peut-être un lieu de services sur le Plateau. J’aimerais aussi mentionner le dossier du Milton Parc, où il y a des grands défis humains, avec des personnes vulnérables qui sont dans le besoin […]. C’est un dossier qui est super important pour l’arrondissement, et aujourd’hui, on veut travailler avec une vision un petit peu plus intégrée […]. Un autre dossier, c’est toute la question de nos artères commerciales. Mon souhait, c’est de pouvoir les accompagner davantage […], pour qu’on devienne une destination forte en matière de commerces locaux. Mais pour ce faire, ça prend beaucoup de liens, de confiance et de mesure à développer avec nos commerçants. C’est ce que je compte faire aussi dans les prochains mois.

Vous inscrivez-vous dans la continuité politique de l’ancien maire Luc Rabouin, ou apportez-vous votre touche personnelle?

Je dirais les deux. Lorsque Luc m’a passé le flambeau, on a passé du temps pour qu’il me parle des projets qui lui tiennent à cœur, et ce sont des projets que je porte encore, comme l’Institut des Sourdes-Muettes. Puis en même temps, je veux y mettre mes couleurs, notamment dans les dossiers de la culture ou du communautaire, même si Luc s’y est beaucoup impliqué également. Alors, pour moi, c’est vraiment une passation de bâton.

La culture occupe une bonne place dans votre vie. Vous êtes étudiante à la maîtrise en arts visuels de l’UQAM, et êtes sculptrice, DJ et pianiste à vos heures perdues. Comment ce goût pour la culture se traduit dans votre engagement politique?

J’ai fait le choix de dédier du temps à une pratique personnelle qui me nourrit énormément, mais qui, je le vois de plus en plus en politique, dépend aussi de la vision de celles et ceux qui gouvernent. C’est important d’avoir des [politiciens] qui comprennent le milieu culturel et qui prennent des décisions sensibles. J’ai beaucoup côtoyé ce milieu dans les dernières années, et j’ai beaucoup d’amis artistes dont les revenus en dépendent. Aujourd’hui, passer de l’autre côté, ça me permet d’être la plus sensible possible à ces réalités-là. La semaine dernière, on a beaucoup parlé du nouveau règlement [adopté par l’arrondissement, qui allège les règles concernant le bruit émis par les salles de spectacle]. Ce soir, on va annoncer des nouvelles mesures pour être capables de financer dignement les artistes qui travaillent au sein de l’arrondissement. On travaille aussi sur un plan de développement culturel qui va donner une pulsion à notre secteur. Parce qu’on est quand même le Plateau après tout, il faut qu’on soit à la hauteur de ce milieu-là.

À propos de l'auteur

Charline Caro

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