Montréal a une nouvelle mairesse : Soraya Martinez Ferrada, que nous saluons avec enthousiasme. Elle est plus que bienvenue et nous lui souhaitons la meilleure des chances pour ces quatre prochaines années.

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Ainsi, pour la première fois depuis une décennie, nous accueillons l’arrivée (enfin! dirons plusieurs) d’une nouvelle administration à la tête de Montréal, ouvrant une nouvelle page politique pour la métropole, qui en avait besoin!

Je ne reviendrais pas ici trop longtemps sur le règne – que je considère désastreux -, de Valérie Plante. Peut-être écrirons-nous quelque chose prochainement pour analyser le bilan plutôt médiocre de l’ancienne mairesse à la tête de Montréal. Et comme vous pouvez le lire, je ne m’inscrirai pas dans cette propension médiatique qui m’a toujours agacé consistant à encenser une personne et à oublier tous ces défauts aussitôt que celle-ci part à la retraite ou quitte ses fonctions. Ce ne sera pas mon cas : en ce qui me concerne, je considère que le règne de Valérie plante fut un des pires de l’histoire de Montréal.  Oui, même pire que celui de Gérald Tremblay. 

Sous la gouverne de Valérie Plante : la Crise du logement s’est décuplé; la présence itinérante a explosé et est devenu endémique; la propreté dans les rues a nettement diminué, avec notamment une baisse marquée des horaires de collecte des déchets, et de la qualité du travail à cet effet; le dynamisme économique de Montréal s’est tari dans plusieurs quartiers; la communication avec les citoyens (et les médias) s’est dégradée; et d’une manière générale, le nombre et la qualité des services ont baissé, notamment pour le déneigement qui prend beaucoup plus de temps que par le passé; et tout cela alors que la facture administrative a explosé et que l’obésité de l’appareil administratif s’est considérablement accru. 

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En ce qui concerne madame Martinez Ferrada, la nouvelle mairesse commence avec déjà certaines bonnes cartes dans son jeu: ancienne ministre fédérale, elle dispose d’un capital politique notable; c’est aussi une gestionnaire expérimentée, doublée d’une communicatrice aguerrie. Et bien sûr, son expérience en tant Ministre du Tourisme sous le Gouvernement Trudeau sera un atout majeur pour donner à Montréal un nouvel essor. Elle est sympathique et passionnée, et semble déjà avoir une bonne idée des enjeux les plus pressants. Mais elle arrive aussi avec une promesse lourde à porter: celle de faire mieux, plus vite, et plus efficacement que ses prédécesseurs. 

Le premier chantier, probablement le plus scruté, est celui du logement. Martinez Ferrada s’est présentée comme «la mairesse du logement», inscription audacieuse dans une ville où les prix explosent et où la rareté frappe toutes les couches sociales. Accélérer la construction, protéger les locataires, sécuriser les immeubles vieillissants, revitaliser l’offre sociale et coopérative… le défi est herculéen. La nouvelle mairesse aura fort à faire mais le message sera aussi important que les actions:  mécanismes de surveillance et de développement crédibles, logiques et conséquents, jumelés à décisions expliquées en toute transparence et honnêteté. Son succès dépendra autant de la capacité de son administration à livrer des logements que de sa capacité à rassurer la population.

Le deuxième front est celui de l’itinérance, devenue endémique. La crise humaine est visible et hautement médiatisée. Madame Martinez Ferrada en a fait une priorité dès les premiers jours, mais répondre à cette urgence sociale exigera plus que des engagements. Il faut du financement, incluant par Québec, une collaboration étroite avec le milieu communautaire, des hébergements adaptés, des services de santé mentale et de dépendance renforcés, et surtout une stratégie globale plutôt que des réponses ponctuelles. Montréal ne peut plus se permettre de laisser ce dossier glisser entre les méandres institutionnels.

La mobilité constitue un troisième test, éminemment crucial. Après des années de débats houleux sur les pistes cyclables, les rues apaisées et les aménagements temporaires devenus permanents, la population est divisée. Madame Martinez Ferrada a déjà annoncé qu’elle proposera un audit: geste salué par certains, critiqué par d’autres. Mais derrière cet audit se cache un enjeu majeur — comment ramener un climat de confiance, préserver les acquis de mobilité active et réduire les tensions entre cyclistes, automobilistes et commerçants? Les Montréalais ne veulent pas d’une guerre de clans: ils veulent une ville fluide, sécuritaire, cohérente pour tous et pas seulement pour les cyclistes. 

Quatrième défi: la gouvernance municipale. Montréal est un maelström administratif aux allures kafkaïennes : immense, lourd, et toujours fragmenté entre les arrondissements, des centaines de services, des milliers d’employés et des infrastructures vieillissantes. Lorsqu’elle était en campagne contre Denis Coderre, Valérie Plante avait promis d’assainir la machine et d’épurer les effectifs, critiquant à l’époque le maire Coderre pour la forte montée des dépenses administratives municipales… Or, c’est tout le contraire qui s’est produit! sous la gouvernance Plante, l’appareil administratif est devenu encore plus boursouflé. Même la moins dépensière des années de Valérie Plante au pouvoir dépasse de 30% la plus dépensière des années Coderre.!.  Et tout ça dans la même opacité, avec le même sentiment de contrôle de l’information, de non collaboration avec les médias. 

Les attentes sont donc considérables: plus de transparence, meilleure gestion financière, réduction de la bureaucratie, efficacité nettement accrue. Madame Martinez Ferrada devra stabiliser la machine avec une équipe solide et surtout, montrer que l’administration peut redevenir un instrument performant, au service des citoyens montréalais devenus désabusés envers les lenteurs administratives.

Cinquième chantier : la relance économique. Grâce à son expérience en tourisme, la mairesse arrive avec une expertise enviable pour dynamiser les artères commerciales, attirer de nouveaux événements et soutenir les PME montréalaises. Et cela s’avère nécessaire pour plusieurs secteurs en déclin. On pense notamment au Village, embourbé dans ses problèmes structurels et ses guerres intestines; et au Centre-ville, handicapé par les chantiers & les travaux incessants, mais aussi par un certain manque d’ambition de ses principaux intervenants On a souvent l’impression que, à l’instar de l’ancienne mairesse, on fait primer le message au détriment du contenu et de l’action, à coups de moult annonces ponctuelles, mais peu de réalisations concrètes, et une certaine paresse dans la vision à long terme.  

Enfin, il y a la question de la confiance citoyenne. Après des années de polarisation politique au municipal, la population demande du calme, de la transparence et du concret. La nouvelle mairesse devra démontrer qu’elle gouverne pour tous — cyclistes et automobilistes, propriétaires et locataires, commerçants et résidents, Centre-ville et quartiers périphériques. 

Et à tout cela s’ajoutent les relations incontournables avec Québec et Ottawa. Sur le logement, la mobilité, les infrastructures et l’itinérance… Bref, sur tous ces enjeux, la ville aimerait compter sur eux. L’expérience fédérale de Madame Martinez Ferrada et ses connections tant au sein de la classe politique que des communautés d’affaires, sont des avantages certains, mais elle devra naviguer habilement entre coopération et revendication. En somme, elle devra convaincre sans s’écraser, négocier sans s’aliéner, défendre Montréal sans l’isoler.

Le pouvoir municipal est le plus proche des citoyens… et les attentes y sont donc les plus immédiates. Soraya Martinez Ferrada commence son mandat sous haute pression, mais aussi avec une fenêtre d’opportunité rare, elle pourrait profondément redéfinir l’impulsion de Montréal. Souhaitons-lui bon succès pour livrer la  marchandise, car les Montréalais attendent des résultats.

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Échos Montréal

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