Nous assistons à l’appauvrissement général de notre société qui nous a ancrés depuis des décennies au concept de la consommation quotidienne. Consommation de produits et services en tous genres, dépenses superflues pour satisfaire nos ponctuelles envies de luxure, etc… Le tout exacerbé par les possibilités instantanées de la technologie moderne, où tout est à portée des doigts, à un seul clic de distance.

Ce sont là les aléas du capitalisme argueront quantité d’intellectuels blasés. Mais la réalité est que nous nous sommes nous-mêmes laissés embrigader dans cette spirale consumériste sans retenue, qui nous amène aussi à devoir travailler plus pour se payer la dernière bébelle dernier cri. On en a encore un exemple on ne peut plus probant récemment avec la sortie d’une montre de fabrication Swatch Group, en collaboration avec la marque de prestige Audemars Piquet. Des milliers de personnes à travers le monde ont ainsi fait la file en réponse à une campagne de marketing bien orchestrée, afin d’avoir le «privilège» de dépenser leurs pécules pour se procurer ce nouveau produit en vogue, donnant lieu à des files s’étendant parfois sur plusieurs centaines de mètres, dans des villes comme Lille et Paris en France, Milan en Italie, Madrid en Espagne. 

Des bagarres ont même parfois éclaté, avec des mouvements de foule impressionnants en Thaïlande et aux États-Unis, ce qui dans ce dernier cas ne nous surprend guère quand on a en mémoire les résultats ponctuellement sanglants de leurs journées du Black Friday, juste après l’Action de Grâce et qui donne souvent le coup d’envoi aux achats frénétiques du Temps des Fêtes. Et oui, Montréal a également participé à cette frénésie consumériste pour la nouvelle montre alors que des centaines de personnes ont fait la queue sur le Boulevard Robert-Bourassa avec l’espoir de mettre la main sur ce nouvel opulent gadget à la mode. Le Journal de Montréal rapportait que certains avaient même attendu plusieurs jours pour être sûrs de compter parmi les premiers.  

Je suis toujours sidéré de constater un tel engouement pour l’idée de dépenser son argent durement gagné à de telles futilités, le tout dans un contexte hautement inflationniste, et alors qu’il n’a jamais été plus difficile de joindre les deux bouts. Nos salaires sont incapables de combler ces constants micro-chocs budgétaires et nous sommes plusieurs à se sentir dans l’incapacité d’y faire face financièrement. Dans la vie de tous les jours tout devient un souci permanent pour concilier les dépenses usuelles avec l’augmentation tous azimuts des coûts de la vie. À commencer par l’alimentation, où les grossistes de plus en plus rapaces font des profits records indécents, après avoir pour une énième fois augmenté démesurément le prix de tous les aliments en utilisant le prétexte de l’inflation, tout en engrangeant des milliards sur le dos de leurs clients. 

Même aller au restaurant est devenu un luxe, la majorité d’entre eux chargeant maintenant des prix grossièrement abusifs, des entrées aux desserts, au point où il est désormais presque impossible de pouvoir se gâter en couple avec un repas pour deux en-dessous de 100$. En fait, même un simple café au bistro maintenant coûte ponctuellement entre 6$ et 15$, ce qui est franchement ridicule. 

La vérité est que les abus tarifaires sont maintenant sur tout le spectre des produits et services de consommation, dans toutes les strates de nos vies. 

Tout coûte plus cher, les loyers, les assurances, les vêtements, les services de télécommunication, la télévision et les abonnements aux plateformes de divertissement, le transport, l’essence, les vignettes de stationnement, les voitures, les billets d’avion, les hôtels, les billets de spectacle, etc. 

Tout un chacun augmente ses prix abusivement, prétextant l’inflation; la guerre; le coût de l’essence; ou même – sans se rendre compte de l’ironie mordante – l’augmentation du coût de la vie. Mais pendant ce temps, les salaires ne suivent pas. À part bien sûr pour les PDG et autres dirigeants corporatifs haut placés. Et malheureusement les gouvernements, soit ne dépensent pas bien leurs budgets (par ailleurs eux aussi plus austères), ou alors soit souffrent eux aussi de la situation mondiale et n’ont donc pas les coudées franches pour aider le peuple aussi massivement que celui-ci en aurait besoin. 

À cela s’ajoute en parallèle les impacts d’un phénomène dont on parlait depuis longtemps mais qui semble curieusement un peu disparu de l’actualité maintenant qu’il est à nos portes, celui du vieillissement de la population. Il y a moins de personnes sur le Marché du Travail et donc moins de revenus pour le gouvernement pendant que les dépenses en santé, elles, ont explosé, tout comme en corollaire le coût des médicaments. Nous sommes plusieurs pour qui les régimes de retraite, ne sont plus suffisants et nous obligent à un mode de vie spartiate, voire sous le seuil de pauvreté.  Travailler toute une vie pour ne plus avoir les moyens d’exister décemment après la retraite, c’est ça la cruelle réalité de plusieurs. Mais le bilan n’est par ailleurs pas plus rose pour les jeunes. La grande majorité des jeunes et de la nouvelle génération en 2026 s’avèrerait incapable d’acheter une maison. 

Et même pour ceux d’âges un  peu plus avancés c’est difficile, alors qu’en l’occurrence près d’un tiers des adultes de 30 à 50 ans peinent à joindre les deux bouts, et que plusieurs, afin de tenter d’arranger leurs aléas financiers, déclarent même vivre encore chez les parents… grossissant le fardeau financier de ces derniers, qui eux voudraient pouvoir profiter de leur retraite bien méritée en toute quiétude et sans avoir à se soucier de leur progéniture. Pas surprenant dès lors et à la lumière de tous ces constats, d’apprendre qu’il y a maintenant une proportion de 40% qui vivent à coups d’emprunts et avec l’aide des cartes de crédit remplies à capacité, dont 19% déclarent n’avoir pas assez d’argent pour boucler le budget jusqu’à la fin du mois. C’est plus que préoccupant, c’est là un des plus grands maux affligeant tous les humains du globe après un quart de siècle embarqués dans ce nouveau millénaire.  

Et ça ne semble pas près de s’arranger!

Mais la société devra pourtant s’y attarder rapidement et trouver des solutions avant que tout n’explose dans la continuité de ce rythme infernal. Nous le devons non seulement pour les futures générations, et ça presse, car on a clairement l’impression qu’on approche de plus en plus du point de rupture…

À propos de l'auteur

Vincent Di Candido

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