Le dossier de ce couple mythique est devenu une affaire d’état, avec des ramifications impliquants moult gens riches et puissants. On est bien au-delà ici de la «simple petite crisette» qui ultimement avait causé la chute et la démission de Richard Nixon dans le scandale de l’espionnage politique du Watergate (1974). Même le scandale sexuel impliquant les mensonges de Bill Clinton et son amour des « blowjobs » pâlit en comparaison.

Ici, on parle carrément d’un réseau complexe et perfectionné de pédophilie, qui aurait comme clientèle un cercle élargi de gens riches et influents – dont très probablement plusieurs personnalités connues –, regroupant des célébrités mais aussi des politiciens et des membres de l’appareil judiciaire, histoire que tout ce beau monde puisse comme trop souvent utiliser sa fortune pour protéger ses arrières. Et à en juger sa colère paniquée et ses tentatives désespérées pour détourner l’attention – sans succès – et tenter d’enfouir ce dossier en balayant sous le tapis les traces compromettantes, il appert de plus en plus vraisemblable que cela impliquerait aussi le Président des États-Unis Donald Trump. 

D’emblée, on peut déjà douter de la version officielle des choses en ce qui concerne la supposée mort par suicide de Jeffrey Epstein dans sa cellule, alors que celui-ci n’avait jamais donné la moindre indication d’être enclin à mettre fin à ses jours. C’est en effet une explication plutôt grossière que le Département de Justice américain – sous l’égide de la Maison-Blanche – tente de faire ainsi avaler, alors que tout le monde sait qu’Epstein était en mesure de faire tomber beaucoup de gens friqués, célèbres et puissants. Surtout quand ce même Département de Justice se dit incapable de fournir les trois minutes de vidéo de la prison pendant lesquelles ce supposé suicide se serait produit, parce qu’apparemment la caméra a eu des problèmes de fonctionnement en plein à ce moment-là. Quelle incroyable coïncidence, vous ne trouvez pas ? Que la caméra s’arrête en plein pendant ces minutes cruciales et spécifiques. Faut vraiment prendre les gens pour des cons.  

© Capture d’écran de Youtube – CNN News

Cela semble clairement être une mascarade de justice et soulève de très sérieuses questions qui embarrassent au plus haut point l’administration Trump. Et le Président milliardaire américain, qui autrefois semblait avoir une immunité-téflon à toutes les controverses ne parvient plus cette fois à dicter l’actualité et à détourner les regards de ses nombreuses connexions passées avec Epstein et l’assistante de ce dernier Ghislaine Maxwell, et l’amitié durable et symbiotique qu’il a entretenu pendant plus de 15  ans avec le défunt pédophile, dont Donald Trump partageait le penchant pour les belles jeunes femmes, avec une préférence pour des jeunes filles mineures. Il n’est pas anodin de rappeler que le Président américain a été pendant 20 ans le propriétaire de l’organisation Miss Univers, englobant les concours de beauté et de mannequinat Miss Monde, mais aussi Miss Teen (mademoiselle adolescente) concernant justement des jeunes filles. Et Trump lui-même s’est notoirement vanté à plusieurs reprises de pouvoir marcher en coulisses en compagnie de jeunes femmes nues pendant que celles-ci se changeaient. De même, ses commentaires grossiers et inappropriés envers la gent féminine sont légion et amplement documentés.  

Donald Trump a beau tenter de mentir, cette fois-ci ça ne passe pas et ce, au sein même de ses propres plus fidèles troupes MAGA. Jeffrey Esptein fut son ami pendant plus de 15 ans, mais les deux étaient en réalité comme larrons en foire. Esptein était invité V.I.P. aux beauty pageants (concours de beauté) de Trump;  il fut un des invités d’honneur au mariage de Donald Trump avec Marla Maples, en 1993 ; les deux hommes se sont rendus ensemble, en compagnie des enfants de Trump Ivanka et Eric,  à l’ouverture, toujours en 1993, du Harley Davidson Café à New York ; ont assisté ensemble à au moins un – et probablement plusieurs – défilé Victoria’s Secret; ils ont été vus – et photographiés à quelques reprises en discothèques; Trump fut également passager à plusieurs reprises de l’avion sélect et très privé de Jeffrey Epstein. Autre détail notable, les deux furent en fait aussi voisins pendant plusieurs années à Mar-a-Lago, où Esptein s’était acheté dans les années ’90 une propriété voisine à 3km de celle de Trump. 

Par ailleurs, le refus choquant et dégueulasse, ne mâchons pas nos mots, de la Maison-Blanche de dévoiler le dossier complet de l’enquête sur Jeffrey Epstein est en lui-même un aveu intrinsèque de toute la corruption qui entache chaque couche de cette affaire, alors que le Département de Justice, avec à sa tête la très-servile-et-redevable-à-Trump procureure générale Pam Bondi, a l’incroyable culot de prétendre qu’il n’y a aucun élément douteux dans le dossier, donc pas besoin de publier le rapport au grand public, un argument débile qui se contredit lui-même. S’il n’y avait aucun élément douteux, en quoi est-ce ça dérange justement de le publier ? Et puis, j’imagine que c’est aussi pour ça qu’on avait condamné Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell pour plus de 20 ans, parce qu’il n’y avait «aucun élément douteux ou criminel au dossier» .?. C’est bien connu, c’est quand les gens sont innocents qu’on les emprisonne.!. 

Le New York Times révélait récemment que dès le mois de mai Donald Trump avait été briefé par Pam Bondi à l’effet que son nom figurait à plusieurs reprises et en plusieurs endroits dans le dossier Epstein. Du même souffle, moult analyses vidéo compétentes et opinions d’experts dans le magazine Wired ont noté plusieurs contradictions en ce qui a trait aux moments entourant le supposé suicide Jeffrey Epstein. Par exemple, la veille de son suicide son compagnon de cellule a été curieusement déplacé. Encore plus étrange, alors que d’ordinaire les rondes obligatoires des gardiens s’effectuent à toutes les demi-heures, celles-ci ont été diminuées à un rythme de toutes les trois heures la journée précédant la mort de cet explosif prisonnier. Et tout cela s’ajoute bien sûr directement aux trois minutes manquantes du moment précis de son prétendu suicide. Dernier détail, pas anodin lui non plus, une blessure à la pomme d’Adam de Jeffrey Epstein, au sujet de laquelle une écrasante majorité de médecins compétents, non à la solde du Gouvernement Trump, déclaraient qu’elle ne pouvait nullement découler d’une pendaison. 

La valse-hésitation des ténors républicains constitue elle aussi en soi une indication claire de suspicion et de la fange infecte dans laquelle tout ce dossier a été embourbé par l’administration du président milliardaire américain. En période électorale, Trump disait avec insistance vouloir mettre toute la lumière sur ce dossier scabreux, une des raisons ayant poussé non seulement sa base partisane MAGA, mais aussi bon nombre d’Américains, à voter pour lui en novembre dernier. Mais une fois élu, il s’est empressé de changer d’avis. Et l’attitude de sa procureure générale Pam Bondi a de toute évidence pris la même tangente. Alors qu’elle déclarait elle-même il y a quelques mois que c’était un de ses principaux dossiers d’importance, que tant le dossier que la liste des clients d’Epstein se trouvaient sur son bureau et qu’elle attendait avec impatience de s’y plonger, elle prétend en fait maintenant qu’il n’y a rien de spécial, déclarant elle aussi que ça ne sert à rien de publier le dossier et que cela pourrait causer du tort aux victimes… comme s’il n’y  avait pas moyen de caviarder ces données!

Mais ce volte-face hautement suspect, conjugué aux manigances louches et à un manque chronique de transparence de l’administration Trump a provoqué un tollé général dont la genèse est issue de la base républicaine elle-même et qui trouve son écho tant au sein de la population que chez beaucoup médias parmi les plus conservateurs. Trump, qui promettait avec une arrogance cavalière et mensongère et «nettoyer le marécage» se retrouve en fait maintenant complètement embourbé dans celui-ci. Et ainsi, très loin de «ramener la lumière» comme il prétendait à l’époque, il s’efforce plutôt de toute sa force et avec tous les moyens étatiques considérables à sa disposition de laisser dans l’ombre ses agissements les plus sombres et salaces. Pour beaucoup d’observateurs, cela laisse craindre le pire: que l’on veuille étouffer l’affaire à tout prix. 

D’ailleurs sans s’avancer officiellement, Donald Trump s’est quand même concrètement assuré de déclarer devant les médias que: «bien que cela ne soit pas prévu (libérer Ghislaine Maxwell), en tant que Président des États-Unis il en aurait tout à fait le droit et le pouvoir». Il a en plus mandaté le N° 2 du Ministère de la Justice, Todd Blanche pour interroger pendant deux heures Ghislaine Maxwell dans sa cellule, en compagnie de Pam Bondi mais sans la présence d’un avocat ou d’une personne neutre de tierce-partie. Et bien sûr, cette entrevue demeure confidentielle et ne sera pas – même partiellement – présentée au grand public. 

Cette démarche est non seulement insolite dans le cadre d’un dossier judiciaire aussi scabreux et explosif, mais elle est également non conforme à l’essence même des procédures judiciaires, qui requiert notamment d’avoir une transcription des interrogatoires, comme le stipule la Loi. D’aucuns sont d’avis qu’on en a profité du côté trumpien, pour menacer Ghislaine Maxwell et pour conclure avec elle une entente, comme par exemple de diminuer, voire annuler sa peine, mais seulement une fois terminé le second mandat de Trump pour ne pas nuire davantage à sa gouvernance déjà chaotique et merdique. De même, comme on n’est pas capables de produire un seul argument valable pour justifier la décision indécente de ne pas publier la liste des clients pédophiles de Jeffrey Epstein, tous les interlocuteurs de la Maison Blanche, à commencer par le président Trump lui-même, semblent maintenant avoir pour consigne de fuir aussitôt que la question est abordée en conférence de presse.  

Maintenant, est-ce que la pression populaire – alors qu’une écrasante majorité d’Américains, à commencer par les partisans plus fanatiques de Trump, veulent le dévoilement transparent et complet de tous les rapports et interrogatoires – finira par avoir raison de l’autocratique et corrompu Président américain? C’est bien là, la question la plus importante. Pour l’instant l’appareil étatique trumpien semble faire tout son possible pour protéger celui-ci des éclaboussures pestilentielles de ce dossier hautement émotif et qui dépasse les frontières du politique. Mais il appert clairement que l’aura autrefois inatteignable de Trump, sur qui semblait glisser toute forme d’imputabilité, est sévèrement diminuée. Il reste maintenant à espérer que la justice – tant karmique qu’officielle – finira par prévaloir, et qu’on ne retrouvera pas un jour Ghislaine Maxwell «suicidée» dans sa cellule. 

Car il est devenu indéniable, même pour les plus bornés fanatiques Républicains, que le pays de l’Oncle Sam a acquis sous Trump un penchant évident pour les mensonges, la corruption mercantiliste, la désinformation, les abus de pouvoir et l’intimidation tous azimuts. En somme pour tous les comportements associés aux dictatures. La seule chose que l’on peut encore espérer, c’est que le peuple lui-même, Démocrates Et Républicains, réalise la pente dangereuse sur laquelle il est maintenant engagé, et qu’il manifeste fortement et concrètement son désaccord afin de revenir aux principes démocratiques qui étaient jadis les siens.

Bannière principale: © Imago – Zuma Press

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Vincent Di Candido

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