À lapproche des élections municipales de novembre prochain, Échos Montréal fait le point sur les principaux thèmes qui marquent la campagne. Si ces enjeux n’ont rien de nouveau, ils mettront la prochaine administration à rude épreuve au vu de l’ampleur des défis qui les attendent.

Place Jacques-Cartier © Eva Blue

Crise du logement

C’est l’enjeu qui plane sur toutes les élections, et les municipales de 2025 n’y feront pas exception. La crise du logement demeure plus que jamais au centre des débats, alors que la situation ne tend pas à s’améliorer. Avant l’été, David Bélanger, directeur général de l’Office d’habitation du Québec, confiait à LCN que «nous ne sommes pas encore rendus au tournant de la crise», évoquant les records nouvellement battus. À l’approche 1er juillet 2025, 2000 familles étaient toujours en recherche de logement au Québec.

Si la crise de l’habitation a débuté dans les années 2000, la pandémie l’a vu s’intensifier, notamment avec une pénurie de logements abordables et une forte hausse des loyers. À Montréal, le coût moyen d’un loyer a augmenté de 71% entre 2019 et 2025, passant de 1130$ à 1930$, selon Statistique Canada. La métropole se place ainsi parmi les villes canadiennes connaissant la plus forte hausse en 2025, dépassant notamment Vancouver et Toronto. 

Le développement des logements abordables, impulsé notamment par l’administration Plante, n’a pas permis de résorber la crise, selon certains experts. «On pensait que ça allait avoir un impact un peu plus positif», reconnait M. Bélanger. Ces nouveaux logements demeurent en effet inaccessibles pour de nombreuses familles. «Les travailleurs à salaire un peu plus modéré n’ont pas les moyens de se payer un logement à 1200, 1300, 1400 dollars par mois», appuie-t-il. 

Selon les organismes, les logements abordables demeurent pourtant la principale solution à la crise, pour autant que l’offre soit à la hauteur. «On aura beau inonder le marché de logements neufs, si ceux-ci ne sont pas réellement abordables immédiatement, on ne règlera rien», soutenait au média Pivot Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain.

Le logement est également l’enjeu prioritaire défini par les candidats. Lors de leurs entrevues respectives avec Échos Montréal, les candidats Soraya Martinez Ferrada et Luc Rabouin ont tous deux défini la crise du logement comme étant leur priorité. Tandis que la première considère le logement comme la «pierre angulaire du développement d’une ville», pour le second, c’est la «question qui le touche [le] plus et sur laquelle [il veut] consacrer le plus d’énergie».

Crise de l’itinérance

L’autre grande crise montréalaise est celle de l’itinérance, qui trouve ses racines dans la crise du logement, mais également dans les enjeux de santé mentale, de pauvreté, et de consommation d’opioïdes. 

Itinérants, station Guy-Concordia © JeanGagnon, Wikimedia

Le nombre de personnes en situation d’itinérance ne fait qu’augmenter depuis la pandémie. Alors qu’on en recensait près 3000 en 2018, c’est plus de 10 000 personnes qui n’avaient pas de logement fixe au Québec en 2022. Et l’île de Montréal est l’épicentre de cette crise, abritant 47% de la population itinérante recensée, selon Centraide. 

La pression sur les ressources d’hébergements est telle que ces dernières sont «pleines à craquer» à Montréal, comme l’indiquait La Presse en juillet dernier. Dans le Centre-ville, plusieurs campements se sont établis cet été à proximité des centres d’aides aux personnes itinérantes, qui n’étaient plus en mesure d’héberger tout le monde. Le directeur de la Mission Old Brewery James Hughes expliquait à La Presse: «On voit une augmentation continuelle des personnes qui sont réellement sans option, donc elles campent devant nos portes, devant les portes de plein d’autres partenaires aussi. C’est frustrant de voir autant de détresse». 

Pour les responsables d’organismes communautaires interrogés par le quotidien, l’aggravation de la crise est notamment liée à la supervision accrue de l’espace public, dont les personnes itinérantes sont de plus en plus chassées. La STM avait notamment adopté au printemps dernier une série de mesures visant à empêcher les personnes sans-abri de flâner dans le métro. 

Autre facteur soulevé, celui du manque de ressources spécialisées en santé mentale et en traitement des dépendances. «Pour moi, ça démontre que la ville est devenue le théâtre de la faiblesse de notre système de ressources», explique à La Presse le commissaire en itinérance à la ville Julien David-Pelletier.

Face à une situation qui s’enlise, les citoyens tirent parfois la sonnette d’alarme, comme en juin dernier. Les résidents et les commerçants du Centre-ville de Montréal s’étaient alors réunis pour déplorer la gestion de l’itinérance dans leur secteur, comme nous l’apprenait Le Devoir. Le rassemblement décriait une «présence mal planifiée et mal gérée de personnes en situation d’itinérance», expliquait l’un des participants, tandis qu’un autre se désolait de «la mort du Chinatown». «C’est un cadavre qui a encore quelques signes vitaux, mais qui est en voie de mourir», ajoutait-il. La vitalité du Centre-ville est également l’un des enjeux centraux de la campagne, pour lequel les programmes diffèrent, alors que l’administration Plante vient d’annoncer un plan de réaménagement du Village pour le dynamiser et contrer les problèmes liés à l’itinérance.

Mobilité 

Montréal fait ensuite face à plusieurs enjeux de mobilité auxquels devront répondre les candidats. À commencer par celui de la congestion, dont le niveau est redevenu similaire à la période pré-pandémique, faisant de Montréal la deuxième ville la plus congestionnée du Canada. Une perte de temps et d’argent pour les automobilistes du Grand Montréal, qui ont passé en moyenne 57 heures dans la congestion routière en 2023, et qui y ont perdu 6,13 milliards de dollars selon la Communauté métropolitaine de Montréal. 

À cela s’ajoute de nombreux chantiers sur la route. D’ici à l’hiver, ce sont 44 chantiers d’importance qui se tiendront et qui obstrueront la circulation routière. Une situation dont s’est emparée la candidate d’Ensemble Montréal Soraya Martinez Ferrada, qui a déclaré ses derniers jours vouloir «mettre fin au chaos dans la coordination des chantiers à Montréal».

Le projet des candidats pour les transports en commun sera également scruté de près, alors qu’ils permettent de désengorger les routes de la métropole. Le candidat de Projet Montréal Luc Rabouin indiquait à Échos vouloir mettre l’accent sur le réseau de bus, afin de «développer son efficacité et sa performance». 

L’autre enjeu de mobilité est celui de l’inégalité d’accès aux transports en commun. Si le réseau de métro et de bus est dense dans les quartiers centraux de l’île, les arrondissements excentrés sont bien plus mal desservis, renforçant les inégalités sociales et territoriales. C’est le cas par exemple de l’Est de Montréal, où «ça peut prendre jusqu’à deux ou trois autobus pour arriver à l’école ou au travail», soutenait Soraya Martinez Ferrada à Échos. La candidate dit vouloir desservir davantage les quartiers excentrés de la ville. 

La voie Camillien-Houde

D’autres enjeux plus spécifiques et moins structurels occupent le débat municipal, comme celui de l’accès au Mont-Royal, après que l’administration Plante ait approuvé un plan pour réaménager la voie Camillien-Houde. Aujourd’hui empruntée par les voitures et les bus pour accéder à la montagne, le projet prévoit notamment la fermeture de la voie à la circulation automobile en 2028. Le chemin sera ainsi réservé aux piétons et aux cyclistes, dont l’actuelle mairesse Valérie Plante veut assurer la sécurité. 

Ce projet est un grand sujet de division et d’attaques entre les deux principaux candidats à l’élection municipale. Soraya Martinez Ferrada, cheffe du parti d’opposition, accuse l’administration Plante de ne pas être avoir écouté les citoyens hostiles au projet. «On leur dit” finalement ça ne donne rien que vous veniez nous dire ce que vous pensez, parce que nous on pense qu’on a la solution, puis on va vous l’imposer ”, déclarait-elle à Radio-Canada lors de l’adoption du projet.

«Je ne fermerais pas Camillien-Houde», martèle-t-elle. La candidate d’Ensemble Montréal défend le maintien des véhicules sur la voie, au nom de «l’accessibilité universelle», et de toutes les personnes qui ne pourront se rendre au Mont-Royal à pied ou en vélo.

© Sara Megan – Tourisme Montréal

De son côté, le candidat de Projet Montréal Luc Rabouin a apporté des nuances sur la mise en œuvre du plan. La fermeture de la voie ne sera tout d’abord pas la priorité de son mandat. «Les priorités de la population sont le logement et l’itinérance», estime-t-il auprès de Radio-Canada. C’est seulement après s’être «consacré aux urgences» que l’aspirant-maire mettra en œuvre le plan de réaménagement de l’administration Plante, à la différence près qu’il maintiendra une navette pour les personnes à mobilité réduite. 

Gestion des déchets 

La collecte des ordures, une compétence entièrement municipale, est un autre dossier sur lequel s’écharpent les candidats. Là encore, le point de départ est une décision de l’administration Plante, que l’opposition de Mme Martinez Ferrada veut annuler et que le Projet Montréal de Luc Rabouin veut en partie modifier. 

En novembre 2024, l’administration Plante a décidé de réduire la fréquence du ramassage des déchets dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Les ordures ménagères sont depuis collectées toutes les deux semaines, au lieu de la fréquence hebdomadaire habituelle. L’initiative vise à encourager le tri effectué par les citoyens et par conséquent à réduire les déchets. 

La mesure a rapidement été critiquée par une partie des résidents, qui ont dénoncé l’insalubrité du quartier. Face à la gronde populaire, Mme Martinez Ferrada s’est emparée du dossier pour promettre le rétablissement des collectes d’ordure chaque semaine si elle était élue. La candidate souhaite plus largement « revoir la fréquence et la manière » dont les ordures sont ramassées dans la ville, pointant du doigt un «enjeu de santé publique», indiquait-t-elle à La Presse en juillet dernier. 

Projet Montréal est depuis revenu partiellement sur la mesure de l’administration Plante, en annonçant rétablir la collecte de déchets hebdomadaire dans l’arrondissement, le temps de l’été. Le fonctionnement aux deux semaines sera toutefois maintenu le reste de l’année, si le candidat du parti, Luc Rabouin, est élu en novembre.

Son opposante à Ensemble Montréal a de son côté dénoncé le rétropédalage de M. Rabouin, qu’elle accuse d’avoir «copié-collé [son] engagement», dit-elle à Radio-Canada. De quoi continuer d’alimenter les débats entre les deux principaux candidats jusque’à l’élection. 

Défis administratifs 

Au-delà des promesses électorales, les candidats seront évalués sur le réalisme de leur programme. S’attaquer aux différentes problématiques municipales nécessitera en effet de prendre en compte la réalité financière de la ville. La prochaine administration devra composer avec un déficit budgétaire croissant dans les années à venir. Selon les prévisions, Montréal présentera une différence de 228 millions de dollars entre ses dépenses et ses revenus en 2026, et même de 417 millions en 2028. «Il appartiendra à l’ensemble des candidats de regarder la différente stratégie qu’ils veulent mettre en place pour trouver l’équilibre budgétaire», commente le vice-président du comité exécutif Benoit Dorais auprès de La Presse. Un enjeu supplémentaire sur lequel se pencher lors de cette campagne. 

Bannière principale: Place Jacques-Cartier © Eva Blue

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Charline Caro

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