Plus que jamais en 2026, tenter de prédire toutes les courbes de l’Économie mondiale devient un exercice de haute voltige. Entre tensions géopolitiques extrêmes, représailles économiques et négociations multipolaires incertaines, c’est tout l’échiquier macroéconomique qui est en train de se redessiner depuis l’an passé.

À l’échelle globale, les récents chiffres peuvent surprendre, révélant une croissance mondiale qui tourne légèrement en-dessous de 3%. Un chiffre somme toute surprenamment respectable… mais qui aurait été considéré une déception il y a quinze ans.  Les grandes économies marchent sur des œufs, leur croissance et leur stabilité grandement affectées par la guerre tarifaire trumpienne et les incertitudes politiques engendrées en grande partie par un ogre américain à la gouvernance de plus en plus totalitaire, mais qui est loin d’avoir des assises solides.  Et à travers tout ça, plusieurs économies, entre autres émergentes, continuent étonnamment de tirer leur épingle. Faisons un bref survol pour faire le point. 

Commençons bien sûr par chez-nous.  Je vous avais dit il y a quelques mois que Mark Carney, le banquier de talent, était en plein ce dont le Canada avait besoin en période de turbulences économiques. Et sans fausse modestie, j’avais raison. Son discours historique à Davos, largement encensé tous horizons, n’était en fait que l’aboutissement d’un travail intelligent que le Premier ministre canadien accomplit méthodiquement depuis son arrivée au pouvoir. Certains l’accusaient d’être trop timide, craintif et mièvre, ce qui était à mon sens une opinion franchement ridicule. Cet homme-là a été haut dirigeant chez Goldman Sachs, gouverneur de la Banque du Canada et Gouverneur de la Banque d’Angleterre. Vous pensez vraiment que quelqu’un de mièvre et d’indécis aurait pu occuper ces hautes fonctions? Ce n’est pas un ado à lunettes boutonneux, timoré et gêné de prendre la parole, c’est un banquier redoutable et un décideur financier de grande envergure, qui a fait ses marques avec distinction partout où il est passé. 

Depuis son arrivée, il a fait exactement ce qu’il a toujours su faire avec brio : gérer intelligemment la crise financière géopolitique mondiale, en cimentant les accords économiques existants et en concluant de nouvelles alliances pour optimiser une politique de libre-échage commerciale fluide et proactive; en accélérant le développement de nos infrastructures, particulièrement dans le domaine du transport énergétique; en structurant l’économie canadienne vers une plus grande autonomie, notamment en rééquilibrant le transit import-export vers une pluralité de marchés mondiaux pour s’affranchir de l’influence américaine. On parle ainsi d’accords avec l’Europe, la Chine, et les marchés asiatiques, le Moyen-Orient, etc… pour le pétrole, le gaz, les richesses minières canadiennes, les voitures (électriques et autres), les céréales et un transit commercial élargi. Il n’a pas fait le paon, ni ne s’est embarqué dans une guerre d’égos et de bombage de torse mensonger et puéril comme le Président orange. Mark Carney a agi comme un leader intelligent, avec méthode, pragmatisme, lucidité… et une redoutable efficacité!  

Tout le contraire des États-Unis justement. Disons-le sans ambages, les USA ne vont pas bien et les choses n’iront pas en s’améliorant les prochains mois. Donald Trump est une catastrophe, il est en train de foutre son pays à terre, économiquement, politiquement et moralement. Les chiffres pour l’instant en 2026, semble encore étonnamment solides, avec une inflation relativement contrôlée tant bien que mal, et un marché du travail qui toussote et donne signes d’essoufflement mais qui pour l’instant a tenu bon. Mais cela n’est qu’illusoire. En réalité l’économie est artificiellement soutenue par la robustesse factice et temporaire d’une consommation interne qui va bientôt atteindre son point de chute, et par des investissements massifs dans les technologies de pointe comme l’intelligence artificielle, dont beaucoup estiment fort logiquement que c’est une bulle auto-alimentée qui va progressivement éclater lors des prochains mois. Dans les faits, les ménages américains vivent à crédit, sont endettés au maximum et ont vu leur pouvoir d’achat diminuer comme peau de chagrin. Tout coûte plus cher mais les salaires ne suivent pas. En corollaire le jadis intouchable dollar a perdu beaucoup de son lustre et plusieurs économies s’en éloignent maintenant comme d’une maladie contagieuse alors que la dette américaine atteint des sommets extrêmes, faisant en sorte que les bons du Trésor américains sont maintenant délaissés, car considérés comme toxiques. Et on ne parlera de l’élimination pour une grande tranche d’américains moins fortunés de mesures essentielles comme l’Affordable Care Act (Obamacare)  et les Food Stamps, dont beaucoup avait un besoin crucial pour se soigner et se nourrir. Or, ces répercussions n’ont même pas encore commencé à se faire pleinement ressentir.  

L’Europe, dans son ensemble, a abordé 2026 avec une détermination quelque peu craintive mais néanmoins mesurée et méticuleuse. Et surtout elle a elle aussi finalement opté pour la fermeté, cessant de faire des courbettes diplomatiques à tenter de satisfaire les États-Unis en ménageant la chèvre et le chou. Elle se détache enfin du macrocosme économique étatsunien, et a entrepris une salutaire diversification de ses partenariats et redistribution de ses attentions financières. La croissance est toujours là, mais timide, freinée par des contraintes budgétaires, une démographie peu dynamique et des débats politiques souvent plus rapides que les réformes elles-mêmes.

L’Allemagne tente de relancer son modèle industriel des décennies passées, longtemps fondé sur l’exportation et l’énergie bon marché. Les investissements publics et la transition énergétique offrent des perspectives, mais la reprise reste progressive et lente. Cette nation productive qui était jadis la locomotive européenne fonctionne maintenant à vitesse réduite. La France affiche une croissance stable modeste mais très modeste, suscitant une certaine grogne. L’inflation est contenue (difficilement), la consommation tient bon (péniblement), mais les débats autour des finances publiques et des réformes structurelles demeurent omniprésents, surtout dans ce pays où les citoyens aiment manifester à tout bout de champ pour un oui ou pour un non. L’économie française avance, mais sous une pluie constante de discussions politiques intenses.

L’Italie continue de composer avec ses vieux démons : dette élevée, productivité limitée, croissance faible. La Première ministre italienne et Cheffe du Gouvernement a accompli de l’assez bon boulot jusqu’à présent pour contenir l’inflation et tenter de moderniser les finances en alliant pragmatisme budgétaire et diplomatie souple, mais la république en forme de botte demeure un peu fragile et fortement dépendante du contexte européen. On avait déjà écrit en 2024 pour analyser le marasme prolongé et parsemé de difficultés de l’ère post-Brexit. Or en 2026, le Royaume-Uni, semble toujours en phase d’ajustement. La livre britannique avait retrouvé un peu de vigueur après des manipulations gouvernementales désastreuses qui l’avaient amenée au bord de la catastrophe en 2022, mais la volatilité reste au rendez-vous. Les échanges économiques demeurent tendus ; importations et exportations sont compliquées par les barrières commerciales douanières difficiles à gérer; l’investissement n’a jamais retrouvé son rythme d’avant le Brexit; l’inflation y est parmi les plus élevées en Europe et la confiance citoyenne n’est pas vraiment au beau fixe alors que l’on craint même une stagflation comme celle qu’a connue le Japon, lors des trois dernières décennies. 

La Chine est entrée en 2026 avec une croissance plus lente qu’autrefois — autour de 4 à 5% —, mais toujours impressionnante par son ampleur, d’autant plus qu’elle positionne de plus en plus comme le nouveau leader mondial (avec le Canada?) en réaction à ce qu’il faut qualifier de Déclin de l’Empire américain.  Le Tigre de Jade asiatique a poursuivi avec une détermination inexorable son repositionnement géopolitique élargi, multipliant les nouveaux accords pour se départir complètement de toute vulnérabilité potentielle à l’influence américaine. Dans cette guerre commerciale avec Trump – qu’elle est en train de gagner haut la main -, elle s’est également départie de plusieurs de ses avoirs reliées à l’économie américaine, dont une part substantielle de ses bons du Trésor; a fermé le robinet sur plusieurs de ses cruciales exportations de minerais et matériaux précieux en direction des USA ; a sensiblement accru ses réserves d’or en tant que monnaie de réserve sur laquelle asseoir son budget; et a été un membre fondateur principal de la nouvelle alliance BRICS (Brésil Russie Inde Chine et Afrique du Sud), qui vient même de se doter de sa propre monnaie numérique, court-circuitant et contournant ainsi complètement l’ingérence américaine dans les échanges commerciaux.!. 

Tout ça c’est énorme, d’un point de vue macroéconomique. Contrairement à Trump le bruyant fabulateur, le géant chinois a conservé un ton calme et feutré, mais une volonté inflexible, mettant en mouvement tous les couloirs diplomatiques. En parallèle, elle a aussi accéléré sa transition vers un modèle plus axé sur la consommation intérieure et les technologies de pointe. Certes, il serait trompeur de prétendre que la Chine ne souffre pas de son propre lot de difficultés, car elle fait aussi face à de nombreux défis: les séquelles persistantes d’un secteur immobilier fragilisé; le vieillissement de sa population ; une certaine surcapacité industrielle; des relations commerciales parfois tendues avec certains acteurs mondiaux. Mais la Chine est plus que jamais devenue un pilier incontournable de l’économie mondiale, capable d’influencer marchés, chaînes d’approvisionnement et équilibres géopolitiques d’un simple ajustement de politique, au premier rang d’un nouvel ordre mondial voué à remplir le vide progressif inhérent à l’affaiblissement (la fin?) de l’hégémonie américaine.

L’Inde est, sans conteste, l’une des grandes gagnantes de la dernière décennie. Sa croissance dépasse largement celle des économies avancées, portée par une démographie favorable, une classe moyenne en expansion et des investissements massifs dans les infrastructures et en technologie. Son ouverture vers le monde traduit un élan réel, de même que les nouvelles importantes alliances qu’elle a su investir, notamment en tant qu’un des membres fondateurs de l’alliance économique BRICS, qui vise (avec de plus en plus de succès ajouterons-nous) à s’affranchir de l’influence disproportionnée du dollar américain depuis 80 ans. Certes, tout n’est pas parfait: les inégalités sociales sont encore rampantes, une large part de la population demeure sous-éduquée et sous le seuil de la pauvreté; et l’urbanisation y  est parfois trop rapide. Mais l’élan collectif est réel et l’évolution bien palpable. À plusieurs égards, l’Inde incarne cette promesse d’un nouveau monde économique où le centre de gravité n’est plus situé aux USA.

Bref, en 2026, l’économie mondiale semble plus que jamais dans une phase au-delà du transitoire Les grandes puissances économiques naviguent entre prudence et adaptation, avançant leurs pions sur un échiquier dont les règles continuent de changer en temps réel. Mark Carney l’a bien expliqué à Davos, on est en rupture. Et cela peut être tout à la fois anxiogène, mais également indéniablement source de nouvelles opportunités.

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Échos Montréal

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