Originaire de Québec, India Desjardins a longtemps eu une vision cauchemardesque de Montréal. Pourtant, quand elle y a déménagé à 18 ans, ce fut le coup de foudre! Se décrivant comme une citoyenne enracinée, l’écrivaine – qui vient de publier l’essai Mister Big ou la glorification des amours toxiques – fêtera bientôt son 25e anniversaire de vie sur le Plateau-Mont-Royal.

Avant de devenir une superstar de la littérature, India Desjardins a grandi en banlieue de Québec. À l’époque,  Montréal lui apparaissait comme une ville dangereuse. «Il y avait des rumeurs d’une grande criminalité et je percevais ça comme un endroit immense et épeurant.» En parallèle, elle se sentait attirée par La Ronde et une activité musicale au pied du Mont-Royal. «Quand on entendait parler d’une place où plein de monde se rassemblait le dimanche pour jouer du tam tam, on en parlait comme d’une légende! Pour nous, ça représentait à quel point Montréal est une ville festive.»

Une ville où elle n’aurait pourtant jamais imaginé habiter, avant que sa mère accepte une offre professionnelle et qu’elle lui propose de déménager avec elle, en 1994. «À 18 ans, je venais de terminer le cégep et je n’étais pas prête à quitter ma mère. J’ai donc choisi d’étudier en communications à l’UQAM. Dès mon arrivée ici, j’ai compris que mes impressions de Montréal étaient teintées de préjugés.» Néanmoins, quelque chose la poussait à retourner à Québec toutes les fins de semaine. «Je me sentais soulagée dès que j’arrivais sur le pont Pierre-Laporte. Mais le jour où le soulagement est apparu en arrivant sur le pont Jacques-Cartier, j’ai compris que Montréal était devenue chez moi.»

Il faut dire que sa mère avait fait en sorte que sa fille aime la métropole, en choisissant un appartement sur la rue Saint-Denis, près du métro Beaubien. «J’ai tellement aimé cette façon de vivre avec les transports en commun. À Québec, c’était assez complexe. Pour me rendre dans le Vieux à partir de la banlieue, je devais prendre trois autobus différents et attendre très longtemps! À Montréal, je suis devenue une grande utilisatrice du métro et une fervente marcheuse. Pour une fille comme moi, qui est souvent dans la lune et qui se perd souvent, c’est facile de me repérer à Montréal, grâce à ses longues artères qui traversent la ville.»

Amoureuse des petits commerces de proximité, elle a fait du Plateau le quartier de son premier appartement, à 21 ans. «J’avais l’impression que c’était un village. J’ai appris à connaître plusieurs employés dans les commerces. J’ai le même nettoyeur depuis 20 ans et je vais au même bureau de poste, qui va d’ailleurs bientôt fermer. J’ai vraiment de la peine de voir partir l’employée qui travaille là depuis trente ans.»

Aujourd’hui âgée de 45 ans, l’autrice habite le même quadrilatère qu’à son arrivée, mais avec son amoureux, lui aussi originaire de Québec. «Quand on a commencé à se fréquenter, il s’est dit: «Il faut que je me présente à ma rencontre sans ma voiture, parce qu’une fille du Plateau va probablement être anti-voiture. Et il faut que j’achète un panier de pique-nique, parce qu’elle va sûrement vouloir manger dans le parc souvent. Par la suite, il m’a avoué que ses préjugés lui venaient des radios de Québec. Il pensait que c’était vrai! Aujourd’hui, il rit de ça et il adore le Plateau pour les mêmes les raisons que moi: la vie de quartier, la possibilité de faire nos courses à pied et l’implication citoyenne

Grande ambassadrice de Montréal, India Desjardins ne se gêne pas pour vanter la diversité de la métropole. «Quand je suis arrivée, j’ai tout de suite aimé côtoyer les communautés culturelles et découvrir les restaurants qui offraient plusieurs cuisines du monde. J’aimais aussi la diversité sexuelle et de genre qu’on voyait dans le Village et qu’on retrouve maintenant un peu partout, même si je sais que plusieurs personnes LGBTQ+ ont vécu des expériences difficiles à Montréal. Je trouve ça dommage, parce que j’ai tendance à dire que la ville est super ouverte et que les gens peuvent se promener en affichant leurs différences.»

Grande marcheuse, elle se plaît à sillonner les rues de la ville et à déambuler en nature. «Si tu as envie de changer d’air ou de paysage, il y a plein d’endroits magnifiques sur le bord de l’eau ou des parcs avec de belles forêts, en plein cœur de la ville.» Cela dit, elle n’en peut plus de la cacophonie ambiante. «Dans ma tête, j’ai toujours un été idéal durant lequel je n’entends pas de bruits de construction. Malheureusement, sur mon beau Plateau, ce n’est pas arrivé une seule fois. On entend toujours des bruits de réparation d’une rue ou de rénovations dans une maison.»

Parlant de rénovations, India Desjardins est de plus en plus mal à l’aise face au phénomène des flips immobiliers. Non seulement parce qu’ils provoquent l’éviction de plusieurs locataires, dont des personnes âgées forcées de quitter l’endroit qu’elles habitaient depuis des lunes, mais aussi parce qu’ils sont souvent réalisés sans respect pour la valeur patrimoniale. «Dans plusieurs arrondissements, il y a des règlements pour conserver l’aspect historique de l’extérieur des bâtiments, mais pas pour l’intérieur. Je trouve ça triste de voir les promoteurs transformer des maisons en habitations hyper modernes. C’est souvent fait sans émotions pour le quartier. J’espère qu’on va arrêter ça bientôt.»

À propos de l'auteur

Samuel Larochelle

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