Maintenant que l’élection du 5 octobre est passée, nous avons pu constater certaines spécificités défaillantes du système électoral québécois. En l’occurrence, on parle de la particularité d’un système à cinq partis, en raison duquel nous assistons à la distorsion d’un vote non proportionnel qui déforme une partie de l’opinion électorale citoyenne.

© Courtoisie

Ainsi, le Parti Québécois, à qui certes la victoire semblait déjà promise depuis des mois, a pu ramasser un nombre impressionnant de 59 députés… mais tout en n’ayant même pas 30% du nombre de votes effectifs, au sein d’un électorat où par ailleurs c’est près d’un tiers de la population qui n’exerce pas son droit de vote. Alors tout en félicitant le PQ et PSPP – dont je suis, je le précise, très content de l’arrivée au pouvoir! – il serait de mauvaise foi de nier que ça ne donne pas tout à fait le portrait le plus réaliste de la situation. 

Par exemple, le Parti Québécois a donc comme on le disait fait élire 59 députés, avec 28% du vote effectif, soit le plus faible pourcentage de suffrages victorieux de l’histoire du Québec; le Parti libéral du Québec (PLQ), avec un peu plus de 24% du vote se retrouve avec 40 députés; tandis que le Parti Conservateur (PC) avec tout de même 20% du vote, ne récolte que 19 députés. Québec solidaire, avec près de 13% du vote, stagne néanmoins à 9 députés ; mais la grande perdante est la CAQ, qui avec plus de 13% du vote… s’est malgré tout faite rayer de la carte avec 0 députés, rien du tout! 

On peut aussi raisonnablement penser que l‘option ferme indiquée par le Chef du PQ Paul St-Pierre Plamondon d’organiser un référendum sur la souveraineté, a probablement aussi d’une part aidé à la grande division du vote, mais a également dû attiser la méfiance et les craintes d’une bonne partie des indécis et de plusieurs qui se sont abstenus de voter, privant ainsi le Parti Québécois de ce qui aurait été sa plus grande députation depuis les années 2000, et de sa plus grande influence politique après 1976, 1980 et les années ’90 ayant mené au référendum hyper-serré de 1995. Depuis, les pourcentages électoraux du PQ n’avaient cessé de décroître. 

Pour en revenir à la distorsion disproportionnelle du vote, Radio-Canada s’est d’ailleurs justement livrée à un exercice des plus intéressants et a calculé ce qu’auraient été les résultats avec un mode de scrutin proportionnel. Et les résultats sont des plus probants! Ainsi, bien qu’il eût quand même remporté les élections, le PQ aurait eu 48 députés plutôt que 59, soit 11 de moins. Idem pour le PLQ, dont le nombre de députés aurait baissé de 8, pour se chiffrer à 32 plutôt que 40. Québec solidaire n’aurait souffert d’aucune différence et aurait en fait essentiellement conservé le même nombre de députés, soit 9. Mais c’est le parti Conservateur qui en aurait bénéficié avec 5 députés de plus, faisant passer sa députation de 19 à 24; et, surtout, la CAQ en aurait profité et aurait eu droit à 13 députés plutôt qu’une annihilation aussi totale. 

Le problème est bien connu de chaque formation politique en activités au Québec. Le hic est que cette distorsion votante est invariablement à l’avantage de la formation politique qui se retrouve au pouvoir, et n’incite donc nullement celle-ci, une fois à la tête du Gouvernement, à procéder à des changements qui respecteraient concrètement un peu plus le vote populaire et la nécessité, décrétée par les Libéraux de Robert Bourassa, d’obtention de 50% + 1 pour pouvoir se réclamer d’une majorité. On notera d’ailleurs que malgré la promesse de François Legault de s’y atteler lorsqu’il était Chef de la CAQ, au final rien ne fut fait en ce sens. 

Certes, la situation n’est pas simple car il faut mentionner l’envers la médaille à savoir qu’une réforme complète du système pourrait fort vraisemblablement engendrer une injustice similaire mais de l’autre côté du spectre, c’est-à-dire en donnant une trop grande influence politique à des régions bénéficiant d’une très forte concentration démographique. Cela dit, il y a clairement quelque chose d’un peu brisé dans notre système électoral actuel. 

Il est à espérer que le nouveau gouvernement saura reconnaître cette anomalie et trouver une façon de corriger un peu le tir pour éviter d’autres aberrations électorales, que ce soit un vote à deux tours, ou un carnet de vote plus complet qui engloberait la possibilité de classifier nos choix électoraux et d’indiquer peut-être dès le départ nos choix d’une 2e option.

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Vincent Di Candido

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