PSPP voulait convaincre les Québécois qu’il pouvait changer le Québec. Maintenant, il doit démontrer qu’il peut le gouverner.

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Il y a des victoires électorales qui ressemblent à une victoire. Et puis il y a celles qui ressemblent davantage à un tremblement de terre politique. Celle du Parti Québécois, le 5 octobre, appartient clairement à la deuxième catégorie.

En quatre ans, le parti de Paul St-Pierre Plamondon a accompli un exploit digne de mention, passant de trois députés à 59, devenant le premier gouvernement péquiste depuis 2014. Le PLQ formera l’opposition officielle avec 40 sièges, le Parti conservateur du Québec fait une percée remarquée avec 19, Québec solidaire en conservera tant bien que mal 9, tandis que la CAQ, au pouvoir depuis 2018, a vécu une soirée désastreuse et a été complètement balayée. 

La majorité absolue étant fixée à 64 sièges, le nouveau gouvernement sera toutefois minoritaire. Le paradoxe est intéressant : PSPP dispose désormais d’une impressionnante victoire parlementaire, mais d’une marge de manœuvre politique relativement étroite. Avec 59 députés, il a remporté le pouvoir mais devra apprendre à gouverner en collaboration.

Une victoire, mais pas un raz-de-marée 

On le disait: le résultat est d’abord une extraordinaire remontée pour un parti que plusieurs observateurs avaient pratiquement relégué aux archives de la politique québécoise il y a quelques années. PSPP a réussi à transformer une campagne largement axée sur la confiance, le changement et la capacité du Québec à reprendre le contrôle de plusieurs de ses leviers en une véritable vague électorale. 

Son slogan, «Le choix de la confiance», visait notamment à opposer son projet au bilan de la CAQ – dont le 2e mandat fut rien de moins qu’épouvantable de bout en bout -, qu’il accusait de s’être enlisée dans l’improvisation, le gaspillage, la crise du logement, l’itinérance et le déclin du français. Il faut également toutefois regarder l’autre côté du bulletin de vote. Dans un Québec où les formations politiques sont plus nombreuses que jamais, le PQ devra composer avec une population dont une importante partie, plus de 70% des votants en fait, n’a pas voté pour lui. 

Maintenant, il faut remplir ses promesses 

C’est ici que commence le véritable défi. Pendant la campagne, le PQ a présenté une longue liste de priorités: Santé, Logement, Itinérance, Immigration, pouvoir d’achat, efficacité de l’État, Environnement, Développement économique et revitalisation des services publics. Certaines propositions sont particulièrement ambitieuses. En matière d’itinérance, le parti s’est engagé à investir un milliard de dollars afin de réduire de 50% le nombre de personnes itinérantes d’ici 2030. En Santé, il promet notamment de renforcer la prévention, de faire des CLSC une véritable porte d’entrée du réseau et d’investir davantage dans la première ligne. Sur le logement, le PQ veut favoriser la construction de logements sociaux, communautaires et abordables, tout en facilitant l’accès à la propriété pour les jeunes familles. L’Immigration constitue un autre dossier majeur. Le programme péquiste prévoit notamment une réduction importante de l’immigration temporaire et des seuils d’immigration permanente, avec l’objectif de mieux «synergiser» l’accueil des nouveaux arrivants à la capacité du Québec en matière de logement, de services publics et d’intégration en français. Enfin, le PQ veut revoir la manière dont l’État intervient dans l’Économie et réduire ce qu’il considère comme une bureaucratie excessive, tout en misant davantage sur la productivité, l’innovation et l’efficacité énergétique. Sur papier, le programme est substantiel. Dans la réalité gouvernementale, chacun de ces dossiers comporte son lot d’obstacles, de coûts et de conséquences imprévues. Il est relativement facile de dénoncer les problèmes ; il est infiniment plus compliqué de les régler.

Le premier test: gouverner en minoritaire

Le gouvernement PSPP devra rapidement démontrer qu’il sait négocier. Avec 40 libéraux, 19 conservateurs et 9 solidaires face à lui, chaque projet de loi important sera un petit exercice de haute voltige parlementaire.

L’excellent discours de victoire du nouveau premier ministre indiquait d’ailleurs qu’il semblait bien comprendre la situation. PSPP a promis d’être le Premier Ministre de tous les Québécois et a tendu la main à ses adversaires. Il a également évoqué une volonté de collaboration dans la préparation de la mise à jour économique. Et c’est quelque chose que je tiens à souligner car en notre époque moderne c’est, je trouve, une magnifique qualité devenue trop rare, tous azimuts chez les politiciens de la planète. Généralement, tous agissent comme si tout ce qu’eux disent, c’est de l’or en barre, tandis que tout ce que disent les autres, c’est de la merde. Et c’est extrêmement agaçant. Comme l’a souligné PSPP – et bravo pour ça! – les autres partis peuvent aussi avoir d’excellentes idées, qui méritent d’être explorées. Ce ton rassembleur était nécessaire. Après une campagne électorale, la politique reprend généralement ses bonnes vieilles habitudes assez rapidement et les poignées de main de la victoire deviennent, dès le lendemain, des débats sur la gestion budgétaire. Le nouveau Premier Ministre devra donc apprendre à négocier avec ses adversaires et surtout à distinguer les batailles essentielles des batailles symboliques, en évitant de trop tester l’élastique de patience des électeurs ou de transformer chaque désaccord en crise existentielle. 

Et il y a toujours… la question nationale

Impossible, évidemment, de parler d’un gouvernement du Parti Québécois sans aborder la Souveraineté. PSPP n’a jamais – et c’est à son honneur – abandonné cet objectif. Le projet indépendantiste demeure au cœur de l’identité politique du PQ et le discours de victoire l’a clairement confirmé. Le chef péquiste a parlé d’un « nouveau cycle politique » et d’un nouveau chapitre de l’histoire du Québec, tout en affirmant son désir de rassembler. Mais là encore, le défi sera de taille. Avant de parler de Souveraineté et de rouvrir le débat constitutionnel, le Premier Ministre devra démontrer qu’un gouvernement souverainiste peut d’abord gouverner efficacement le Québec!  Les listes d’attente dans le réseau de santé ne sont pas souverainistes ou fédéralistes. Les familles qui cherchent un logement ne votent pas avec leur bail. Et les personnes qui dorment dans la rue ont probablement d’autres préoccupations qu’un futur indépendantiste. le Gouvernement du Québec doit avant toute chose démontrer qu’il peut améliorer concrètement la vie de ses citoyens.

Une nouvelle énergie 

Dans son discours de victoire, PSPP a déclaré qu’il croyait avoir «redonné le goût de l’avenir et le goût du Québec» à des centaines de milliers de personnes. Il a également insisté sur l’espoir, la confiance et l’ouverture d’un nouveau chapitre.La formule est belle, certes, mais elle est aussi en soi une promesse supplémentaire. Car après la victoire électorale vient toujours le matin suivant, où les téléphones sonnent, où les fonctionnaires attendent des directives, où les oppositions réclament des comptes et où les problèmes qui existaient avant l’élection sont toujours là. PSPP vient de réussir quelque chose que peu de politiciens auraient cru possible il y a quatre ans: ressusciter le Parti Québécois et le ramener au pouvoir. La prochaine étape est beaucoup moins spectaculaire, mais beaucoup plus importante: Il faut gouverner, à commencer par décider de son Conseil des ministres parmi de nombreux ténors, ce qui ne sera pas un exercice facile. Et si le nouveau Premier Ministre réussit à transformer une impressionnante victoire électorale en résultats concrets — dans la santé, le logement, l’itinérance, l’économie, la langue et les services publics — il pourra alors prétendre avoir véritablement commencer à changer le Québec.

Et Montréal dans tout ça?

Pour Montréal, l’arrivée d’un gouvernement péquiste ne sera évidemment pas sans conséquences. La métropole concentre une bonne partie des enjeux auxquels le nouveau gouvernement entend s’attaquer: crise du logement, itinérance, transport collectif, francisation, immigration, santé, pauvreté et revitalisation des quartiers. Sur plusieurs de ces dossiers, Québec et Montréal auront donc tout intérêt à travailler ensemble. La lutte contre l’itinérance en constitue probablement l’exemple le plus évident. La promesse péquiste d’investir massivement dans ce domaine pourrait représenter une bouffée d’oxygène pour une métropole qui porte une part disproportionnée du problème. Le logement sera tout aussi déterminant. Montréal ne peut évidemment pas régler seule une crise qui dépasse largement ses frontières. Accélérer la construction, développer le logement social et abordable et maintenir une offre suffisante pour une population en croissance nécessiteront des investissements et une collaboration étroite avec Québec. 

Les positions du PQ sur l’immigration pourraient notamment créer certaines tensions avec l’administration municipale, qui a longtemps insisté sur l’importance de l’immigration pour la vitalité économique, culturelle et démographique de Montréal. La question du français sera indéniablement un terrain où Québec voudra exercer davantage de leadership, alors que la réalité montréalaise demeure particulièrement complexe… et disons-le sans ambages, déplorablement nuisible à la Langue française, malmenée dans beaucoup trop de secteurs et de commerces. Québec et Montréal peuvent avoir des désaccords sur bien des choses. Il faudra voir si le nouveau gouvernement choisira de considérer Montréal comme une partenaire essentielle ou comme un gouvernement municipal qu’il faudra régulièrement rappeler à l’ordre. Pour la métropole, le scénario idéal serait évidemment le premier. Et les Montréalais, eux, après des années de stagnation – et même carrément de régression! – sous l’incompétente administration Plante, aimeraient probablement surtout que les deux paliers de gouvernement cessent de se demander lequel est responsable du problème et commencent à le régler.

Et pour les autres partis?

La victoire du PQ constitue également un sérieux avertissement pour les autres formations politiques. Pour la CAQ, le résultat est tout simplement catastrophique. Après huit années au pouvoir, le parti est passé du gouvernement à la disparition parlementaire. Il lui faudra déterminer s’il peut encore représenter un véritable projet politique ou s’il doit carrément se réinventer. En politique québécoise, l’électorat a parfois la mémoire courte. Mais il a aussi le bras assez long lorsqu’il décide de sanctionner un gouvernement.

© Emilie Nadeau

Le PLQ, de son côté, retrouve le rôle d’opposition officielle, mais devra lui aussi clarifier son identité. Le parti peut difficilement se contenter d’attendre une éventuelle usure du gouvernement péquiste. Il lui faudra reconquérir un électorat francophone plus large, tout en demeurant fidèle à son identité fédéraliste et à ses bastions traditionnels.

Le Parti conservateur du Québec pour sa part ressort considérablement renforcé. Avec 19 députés, il devient une force parlementaire qu’il faudra désormais prendre au sérieux. La question sera de savoir s’il peut transformer cette percée en implantation durable plutôt qu’en simple vote de protestation.

Quant à Québec solidaire, ses neuf sièges constituent une présence réduite, mais non négligeable en termes de balance du pouvoir. Le parti devra – s’il le souhaite encore ! – trouver comment exister dans une Assemblée nationale où le PQ occupe maintenant une grande partie de l’espace progressiste et où les conservateurs occupent l’autre extrémité du spectre.

Bref, le nouveau paysage politique québécois est à bien des égards labyrinthique. Le PQ a gagné, mais lui tout comme ses adversaires devront maintenant répondre à une question tout aussi fondamentale, en ne se contentant pas d’attendre la prochaine élection: quel Québec veulent-ils proposer aux électeurs d’ici quatre ans?

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Échos Montréal

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