Unique député du Nouveau Parti démocratique (NPD) élu au Québec, Alexandre Boulerice évolue au sein d’un caucus néo-démocrate réduit à seulement six élus, après un résultat historiquement faible aux dernières élections et le départ récent de la députée Lori Idlout vers les rangs libéraux. Sa propre présence à Ottawa est désormais scrutée, alors que circulent des rumeurs d’un possible saut en politique provinciale sous la bannière de Québec solidaire. Échos Montréal a rencontré le député pour discuter de l’état du paysage politique québécois et canadien.

Alexandre Boulerice © Facebook
Vous avez récemment déclaré que la politique québécoise s’était «déplacée plus à droite», ces dernières années. Quelle est cette tendance que vous observez?
C’est une tendance politique que je qualifierais de nationale-populiste ou de nationale-conservatrice. Selon moi, les partis politiques s’inspirent beaucoup de ce qu’on voit chez l’extrême droite française ou dans les chroniques de Mathieu Bock-Côté et compagnie dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec. C’est une espèce de repli identitaire sur des racines canadiennes-françaises, bien loin de ce qu’on avait vécu avec le nationalisme civique et inclusif, et qui a tendance à stigmatiser des minorités ou certains groupes de la société, comme les personnes trans, la communauté LGBTQ+ ou les immigrants. On essaie de monter en épingle des anecdotes pour semer une espèce de peur sur l’avenir de la nation québécoise, […] le tout dans un contexte marqué par des tensions sociales plus grandes, avec une hausse des actes racistes, antisémites et islamophobes dans notre société.
Est-ce que cette montée de la droite s’observe également à l’échelle du Canada selon vous?
De mon point de vue, il y a également une montée de la droite et de l’extrême droite au Canada anglais. Ce dernier est un peu plus habitué à ce qu’on pourrait appeler la diversité et le multiculturalisme, comme à Toronto où l’on retrouve une forte proportion d’immigration, et où ça se passe quand même plutôt bien. Mais il y a des régions qui sont plus affectées par le mouvement MAGA, avec même des personnes qui veulent se rallier aux États-Unis de Donald Trump. Donc oui, il y a une certaine montée de l’intolérance. On l’a vu avec le Convoi de la liberté [qui a occupé le centre-ville d’Ottawa en 2022], un convoi anti-science, antiparlementariste, et anti-vaccin, et qui était infiltré par ce genre de mouvements-là.
Le gouvernement Carney suit-il cette tendance politique?
Il y a à Ottawa un durcissement des politiques en ce qui concerne l’immigration et les réfugiés, en vue notamment de plaire à Donald Trump. Ce n’est pas nécessairement une montée de la droite, mais les libéraux de Carney ont aussi mis en pièce les processus d’évaluation environnementale pour accélérer le développement économique, à travers les pipelines et les mines. Il y a aussi une politique étrangère qui coupe dans l’aide internationale, alors qu’on en a davantage besoin […].
La situation géopolitique mondiale justifie-t-elle de ne pas prioriser les politiques sociales et environnementales?
Non, au contraire. Je pense qu’on doit d’autant plus avoir de bonnes politiques sociales. C’est une manière d’affirmer sa souveraineté pour faire preuve de résilience, mais aussi d’apaiser les tensions entre les différents groupes de la société, en permettant à tout le monde d’avoir une vie qui est digne et relativement confortable. La pauvreté et la détresse sont un terreau fertile pour la colère et les insatisfactions profondes.
Le NPD doit-il selon vous se recentrer pour répondre aux tendances politiques, ou rester campé sur ses valeurs?
Je pense que c’est important de rester qui on est et d’être authentique. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui sont des écologistes, des socialistes, des socio-démocrates, des féministes, qui veulent une société de justice sociale où il n’y a pas des milliardaires qui s’en mettent plein les poches pendant qu’il y a des itinérants dans la rue. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui se reconnaissent dans ce genre de discours-là. Et ce n’est pas en essayant de devenir des libéraux qu’on va se distinguer. Au Parlement, il y a des discours et des enjeux qu’on [les députés du NPD] est parfois les seuls à amener dans les débats ou dans les médias, que ce soit par exemple sur le génocide à Gaza, ou la défense des droits des travailleurs et des travailleuses.
Votre collègue, la députée néo-démocrate Lori Idlout a récemment rejoint les rangs des libéraux, invoquant notamment la volonté de bénéficier du pouvoir de la majorité pour faire avancer ses dossiers. Comprenez-vous cette décision programmatique?
Je dois vous avouer que ce n’était pas un moment très facile à passer. C’est un coup dur quand même pour le caucus. On savait depuis longtemps que Lori avait jeté un œil sur la possibilité de joindre le gouvernement de M. Carney. On l’avait convaincue à plusieurs reprises de ne pas le faire, mais les libéraux étaient très insistants, car ils essaient d’aller chercher une majorité avec des transfuges. Nous au NPD, on n’accepte pas le principe des transfuges. Mais en même temps, et je ne dis pas ça pour la défendre, mais l’univers du Nunavut est très différent du reste du pays. Il faut savoir qu’au Parlement territorial, il n’y a pas de parti politique. Il n’y a que des individus qui travaillent ensemble et qui trouvent des consensus. Donc l’affiliation politique et la partisanerie n’est pas très présente au Nunavut. Lori Idlout partageait nos valeurs, mais son but premier était d’aller chercher des investissements, notamment pour les infrastructures de sa circonscription. Dans un sens, donc, c’était une décision logique pour elle, même si ce n’est pas très solidaire envers ses collègues néo-démocrates.
Vous êtes depuis 2019 le seul député néo-démocrate élu au Québec, alors qu’il y en avait 59 en 2011 et 16 en 2015. Est-ce possible pour le NPD de regagner en popularité dans la province?
Oui, je pense qu’on doit se réapproprier la crise du logement et les inégalités sociales. On a selon moi une offre politique qui est vraiment unique. Les partis politiques ont des hauts et des bas. On est dans un bas, on va se le dire, on est dans un creux […]. Mais c’est possible de revenir, on l’a déjà vu avec d’autres partis.
Quel rôle souhaitez-vous jouer dans la diffusion d’un message progressiste au Québec?
Moi et mon équipe, on est très motivés à contrecarrer cette guerre culturelle qui est menée par la droite ou l’extrême droite, pour ramener un angle différent et riposter quand il le faut […]. On doit être là partout, dans les médias, sur les médias sociaux et au Parlement, pour être capables de répliquer.
