À l’approche des élections provinciales du 5 octobre prochain, Échos Montréal s’entretient avec chacun des chefs de partis, pour discuter de leur parcours et de leurs intentions politiques. Ruba Ghazal, porte-parole de Québec solidaire (QS) et candidate au poste de première ministre, nous accueille dans son bureau sur l’avenue Mont-Royal.
Pourquoi êtes-vous revenue en politique, en 2018, après avoir participé à la fondation de QS en 2006?

Ruba Ghazal © Camilo Castiblanco
Ruba Ghazal: En fait, je n’ai jamais quitté Québec solidaire. Je suis membre fondatrice du parti depuis le début, et je me suis présentée aux élections une première fois, en 2007 et 2008 [dans Laurion-Dorion où elle termine quatrième]. Après ça, en 20 ans, la vie personnelle a parfois pris le dessus, mais je suis toujours restée active dans ce parti. Puis quand Amir Khadir, qui était député de Mercier, m’a appelée pour me dire qu’il allait quitter puis qu’il voulait trouver quelqu’un [pour le remplacer], je n’ai pas hésité une seule seconde. Québec solidaire, c’est ma maison, c’est le seul véhicule auquel je crois pour porter un projet de société autour de la justice sociale, de l’égalité et de l’écologie.
Pourquoi avez-vous souhaité devenir porte-parole de QS, et être par la suite la candidate du parti pour le poste de première ministre?
Si on voyait la petite Ruba, qui est arrivée en 1988, avec ses parents, à l’âge de 10 ans, puis qu’on lui disait «un jour, tu vas être à la tête d’un parti politique, tu vas aller au débat des chefs», elle aurait ri, elle n’aurait même pas su de quoi on parlait. Moi je suis le pur produit du modèle québécois, qui a malheureusement été démantelé par la CAQ et les précédents gouvernements. À l’école publique québécoise, j’ai côtoyé des jeunes venant de tous les milieux économiques et de toutes les cultures, j’ai appris le français, j’ai appris un mode de vie […]. Aujourd’hui, je veux que les petites Ruba qui arrivent puissent dire «moi aussi, je peux aspirer à faire tout ce que je veux». Alors moi je vais toujours me battre pour le modèle québécois, pour des services publics forts et pour réunir toutes les conditions pour que tous les enfants du Québec puissent aspirer au meilleur dans la société.
Dans quel état d’esprit abordez-vous la campagne, alors que QS est crédité de 8% des intentions de vote dans les sondages?
Je suis dans le parti depuis très longtemps, et j’ai tout vu. La politique, ce sont des cycles. En 2018, on était à peu près au même endroit [dans les sondages], et tout le monde disait que c’était impossible d’y arriver. C’est ce qu’on nous dit tout le temps, et pourtant on a toujours créé la surprise à Québec solidaire. De trois députés [en 2014] on est passés à dix [en 2018]. À Québec solidaire, on est très fort sur le travail de terrain, avec des militants qui sont là pour distribuer des tracts, faire du porte-à-porte, des appels, trouver du financement. C’est notre force, puis ça va être la même chose pour cette campagne. Et aussi, on est vraiment portés sur des enjeux qui préoccupent les gens: la fin du mois, payer son épicerie, son hypothèque, son loyer, son transport, ainsi que la crise écologique. Donc pour moi, il ne faut pas écouter les oiseaux de malheur, on en a déjà connu d’autres avec notre parti.
Dans un contexte de montée de la droite et de l’extrême droite, faut-il tendre vers le pragmatisme pour rassembler un électorat plus large, ou rester campé sur ses valeurs progressistes?
En ce moment, au Québec, on a quatre partis de droite. On n’en a pas besoin d’un cinquième. Ce dont on a besoin, c’est d’un parti progressiste, qui s’assure d’être proche de ce que la population vit, qui travaille, et qui n’est pas capable de payer les factures. Ça, pour les partis de droite, c’est une fatalité. Ils arrivent toujours avec les mêmes propositions, en disant que c’est impossible, qu’on n’a plus les moyens. Donc on a besoin d’un parti qui arrive avec des propositions rigoureuses, réfléchies, pragmatiques, parce qu’elles sont possibles. Mais ce n’est pas le temps de lâcher puis d’aller faire la même chose que tous les autres partis.
Quels sont les trois enjeux principaux que vous voulez mettre de l’avant durant cette campagne?
Tout d’abord, le logement. Avoir un toit, ce n’est pas juste une banale marchandise, c’est un droit fondamental. Pour régler ce qui a été mal fait dans les dernières années, les dernières décennies, ça va prendre un plan complet contre la Crise du logement, qu’on a déjà commencé à dévoiler petit à petit. Ensuite, le coût de la vie, avec des mesures notamment pour l’épicerie. On parle de Costco publics, ou de plafonner les marges de profit qui ont plus que doublé depuis les dernières années. En enfin, on veut offrir un projet de société aux gens. Tout le monde a décidé que l’environnement ce n’était plus important, alors qu’on a encore des feux de forêt, des inondations. La transition écologique, c’est important pour l’environnement, pour avoir une meilleure qualité d’air et d’eau, mais c’est aussi un enjeu économique.
Est-ce possible d’obtenir des avancées politiques lorsqu’on est en dans l’opposition, avec une minorité de députés, comme c’était votre cas
lors des derniers mandats?
Non seulement on peut le faire, mais Québec solidaire le fait. On est 11 députés à l’Assemblée nationale, puis tout le monde le reconnaît – y compris les gens qui nous critiquent – à quel point on est efficaces. Parce qu’on arrive avec des propositions rigoureuses, pragmatiques, réfléchies, et qui ont du bon sens. Je pense à la loi Françoise-David, qui interdit d’évincer les locataires aînés, à la proposition d’interdire les boissons énergisantes pour les enfants, ou encore à la lutte contre les féminicides […].
Toutes les élections sont déterminantes, mais quelle est l’importance de celle-ci selon vous?
La politique, ce sont des cycles. Et là, on est dans un cycle qui est important pour Québec solidaire, où on a eu un changement de leadership, avec l’arrivée de Sol Zanetti et la mienne. Les gens apprennent à nous connaître, puis plus ils nous connaissent, plus ils nous aiment. Je le vois, je le constate. C’est aussi un moment où la gauche résiste, où on s’unit. Donc on va faire des gains, on va travailler pour l’avenir, parce que c’est ça dont les Québécois ont besoin.
Bannière principale: Ruba Ghazal © Camilo Castiblanco
