À l‘approche des élections provinciales, Échos Montréal s’entretient avec les chefs de partis pour discuter de leur parcours et de leur programme. Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ), se livre sur ses intentions politiques et sur sa toute première campagne électorale.

Vous êtes membre du PLQ depuis vos 18 ans. Pourquoi avoir attendu d’en avoir 46 pour vous lancer en politique?

Charles Milliard – Chef du Parti libéral du Québec © Facebook

Charles Milliard: J’ai eu un parcours professionnel assez trépidant, avec plusieurs opportunités professionnelles qui se sont présentées. J’ai toujours su que j’aimerais bien faire de la politique, sans savoir à quel moment. Puis il y a une opportunité qui s’est présentée [avec les courses à la chefferie du PLQ de 2025 et 2026], et c’était un bon moment. J’avais encore beaucoup d’énergie, un bon réseau… Donc j’ai décidé de plonger, en quittant mon emploi, pour faire la course à la chefferie.

Est-ce votre manque d’expérience en politique peut être un obstacle et / ou un avantage dans cette campagne provinciale?

L’avantage, c’est que si on veut incarner le renouveau, être nouveau, ce n’est pas vilain. C’est difficile de représenter une nouvelle génération ou des nouvelles idées si ça fait 20 ans qu’on est assis sur les bancs de l’Assemblée nationale. Alors moi, je suis très fier de ça et de l’équipe que je recrute aussi, dont la très grande majorité n’a pas fait de politique active. Mais c’est aussi un obstacle parce que la politique, c’est un match de notoriété. Donc, évidemment, il faut augmenter la notoriété, mais je suis convaincu que d’ici l’élection, tout le monde au Québec va finir par me connaître ainsi que mon équipe et notre plateforme. 

Vous avez déclaré, lors du conseil général du PLQ à Sherbrooke en juin dernier, qu’il fallait «réparer le Québec». Le Québec vous apparait-il brisé?

Je pense qu’il est brisé sur trois aspects. Au niveau économique, au niveau de la fourniture de services publics, puis au niveau du vivre ensemble. Ça, je pense que ce sont les dégâts qui ont été causés par le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) […].

Quels sont les trois enjeux principaux que vous souhaitez porter durant cette campagne?

On doit avoir un Québec plus prospère. Si on veut payer pour les services publics, ça prend plus d’argent. Je veux donc générer plus de revenus au Québec en instaurant une culture du « oui » économique. On a besoin d’augmenter l’instinct entrepreneurial, je veux qu’il y ait plus de jeunes, d’immigrants ou de natifs qui se partent en affaires partout en région. Et pour cela il faut réduire le fardeau réglementaire pour stimuler la croissance de nos PME. Au niveau de la santé, je veux créer une plateforme publique de télémédecine pour que tous les Québécois aient accès à des consultations virtuelles avec des professionnels de la santé. Je veux aussi faire de la santé mentale une priorité nationale […]. Puis je terminerai sur l’éducation. Je veux convoquer des états généraux sur l’éducation. Ça fait 30 ans qu’on n’a pas eu une grande conversation sur le cursus scolaire au Québec […].

Vous êtes crédité de 59% des intentions de vote chez les non-francophones, contre 17% chez les francophones, selon un sondage Léger. Comment expliquez-vous cet écart, et souhaitez-vous remédier à ce manque de popularité chez les francophones?

C’est sûr qu’une de mes grandes motivations, c’est que le PLQ renoue avec les régions et la majorité francophone. Et ça passe par répondre à ce que les francophones veulent. Ils nous disent, sondage après sondage, que c’est le coût de la vie, l’habitation, la santé, l’éducation, la protection de notre identité et notamment celle de la langue française […].

Dans votre plan pour la protection de la langue française, vous défendez un assouplissement des règles entourant son usage, notamment pour les entreprises, les nouveaux arrivants et les étudiants de cégeps. Ces mesures sont-elles véritablement en faveur de la protection de la langue française?

Assouplir une règle qui ne fonctionne pas, il n’y a rien négatif là-dedans. La paperasse qu’on impose aux entreprises pour faire de l’affichage en français sur des postes qui nécessitent plus qu’une langue, ce n’est pas aider le français. Et sur la question des immigrants, c’est illusoire de leur demander de correspondre en français avec le gouvernement après six mois [comme c’est le cas aujourd’hui]. Dans notre plan, on veut toutefois leur demander de suivre des cours de français plus rapidement. Et sur la question des cégeps, j’ai été très clair là-dessus. On conserve les proportions actuelles [de cégeps anglophones], donc ce n’est pas un bar ouvert. Mais on veut respecter le libre-choix des gens, comme moi, qui sont francophones et qui souhaitent aller au cégep en anglais.

Dans le dernier sondage Léger, le PLQ est au coude à coude avec le Parti Québécois, qui récoltent respectivement 27% et 30% des intentions de vote. La question de la souveraineté va-t-elle occuper une place déterminante dans cette élection selon vous?

Je souhaite que non parce que ce n’est pas la priorité des Québécois, mais je ne vais pas me cacher si on me pose des questions là-dessus. C’est le Parti Québécois qui amène ça. Je vais y répondre, mais je ne vais pas passer autant de temps qu’eux sur ce projet-là parce que, pour moi, la priorité, c’est autre chose.

Quelle est l’importance de cette élection, que va-t-elle déterminer dans le contexte politique actuel?

Je pense qu’elle est transformationnelle parce que que les jeunes de 18 à 34 ans semblent avoir un intérêt plus important à voter que lors des autres élections. On est aussi à la fin d’un cycle politique. Avec le départ de M. Legault et celui de M. Trudeau au fédéral, il y a un changement qui s’opère. Et ça va être aux Québécois de choisir comment ce changement-là va se représenter. Est-ce que c’est un changement de façade avec seulement un changement de premier ministre mais issu du même parti? Est-ce que c’est un changement drastique en enclenchant un processus de séparation? Ou est-ce un changement plus pragmatique avec une nouvelle équipe qui a une expérience au pouvoir et qui souhaite faire grandir le système politique actuel? Ça va être assez excitant.

À propos de l'auteur

Charline Caro

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