De multiples sondages récents ont démontré une réelle inquiétude des Québécois concernant l’inflation pour l’année 2023, non sans raison. 

D’une part, il y a toute l’instabilité politique et financière engendrée par cette foutue guerre d’invasion russe de l’Ukraine et dont les impacts socioéconomiques directs et indirects sont planétaires. De par la raréfaction qu’elle engendre, tant pour l’approvisionnement énergétique que pour la culture céréalière, et dont les conséquences conjuguées se font sentir en cascades sur toute la chaîne alimentaire mondiale (denrées alimentaires, distribution des marchandises rendue nettement plus difficile et coûteuse, etc.), elle vient appesantir davantage encore une économie qui fonctionnait déjà au ralenti depuis l’avènement de la Covid-19. 

Au cours des décennies précédentes, le monde s’était habitué à une certaine prospérité, qui nous permettait de consommer sans la crainte du lendemain. Tout fonctionnait avec fluidité, et on ne redoutait jamais de se procurer les biens de consommation à la mode, d’autant plus que le chômage ne semble presque plus d’actualité depuis quelques années, alors que les besoins de main d’œuvre se font criants partout, cela conjugué au vieillissement de la population et au bénéfice de la classe ouvrière et travaillante qui avait ainsi les cartes en main pour se négocier de meilleurs salaires. En outre, jusque même à la première année effective de la pandémie en 2020, les citoyens avaient pu bénéficier de la générosité des gouvernements, qui ont aidé leurs populations respectives en leur redistribuant une partie de la richesse accumulée grâce à des taxes également toujours plus rentables. 

Sauf que l’inflation galopante depuis deux ans, et avec en filigrane l’excuse – tout à fait vraisemblable pour les années précédentes, mais grossièrement exagérée et par ailleurs de moins en moins plausible et justifiable en 2023 – d’une raréfaction de toute la chaîne d’approvisionnement, l’appétit vorace des plus puissantes compagnies et des plus influents conglomérats industriels, commerciaux et financiers s’en est trouvé encore plus aiguisé. Certes ce n’est pas un phénomène nouveau, les plus grandes entreprises ont toujours fait preuve d’une rapacité épuisante à l’égard des citoyens. Mais cela atteint maintenant des proportions stratosphériques. 

Par exemple, l’Arabie Saoudite, qui en a profité pour augmenter exponentiellement le prix du pétrole, au même moment où l’OTAN s’affaire tant bien que mal à diminuer l’importation de gaz de la Russie et à s’affranchir de sa dépendance énergétique à l’égard de l’or noir. Dans la foulée on assiste également à une flambée des prix des matières premières, et c’est ainsi qu’à travers cette escalade vertigineuse des tarifs, chacun des plus gros acteurs économiques se cherche un prétexte pour s’enrichir encore plus éhontément. 

On pense à toute l’industrie pharmaceutique évidemment, dont les compagnies dirigeantes ont généré des revenus faramineux grâce à la pandémie, et à l’augmentation générale du prix des médicaments, notamment avec des «ruptures de stock» à répétition. Mais n’oublions surtout pas les épiciers des grandes chaînes d’alimentation, qui ont généré des profits record depuis 2020, avec des hausses de tarifs dont l’amplitude est plus souvent qu’autrement injustifiée sur bon nombre de denrées avec en parallèle, un nouveau phénomène, propre à notre époque, celui de la réduflation: proposer les mêmes prix, mais en réduisant le volume et la quantité des produits. Encore là, il a bon dos le prétexte de l’inflation mondiale ou de la guerre en Ukraine ou de la Covid, faites votre choix. 

Au final, ces péripéties économiques latentes, et ce manque de perspectives quant à notre avenir au niveau mondial ont engendré un sentiment d’inquiétude palpable, qui se reflète sur l’ensemble des Québécois. Curieusement cependant, les dépenses globales en cadeaux à l’occasion du Temps des Fêtes ont été plus fortes que jamais. Comme si l’on s’était collectivement donné le mot pour tenter d’oublier la morosité économique ambiante. 

L’ennui étant – on ne s’en sort jamais n’est-ce pas.%?.!. – que c’est surtout les compagnies de cartes de crédit qui s’en sont frottées les mains. C’est l’histoire du serpent qui se mort continuellement la queue. 

Dans cette optique, à quoi peut-on s’attendre en 2023? Le consensus général en est un de récession tous azimuts, on ne s’en cachera pas. Là où les avis peuvent différer, c’est surtout par rapport à l’ampleur qu’elle pourrait prendre. L’avis qui semble le plus majoritaire au sein de la communauté d’experts économiques, disons 50% d’entre eux serait celui d’une récession «douce», une sorte de transitoire marasme économique, pendant que les diverses économies se remettent tranquillement des dernières années. 

D’autres, soit un peu moins 1/3 d’entre eux, semblent plutôt anticiper un contexte récessif plus sérieux, à mettre en corrélation avec la crise énergétique en Europe, la grande crise actuelle des cryptomonnaies et des économies en difficulté à divers degrés partout sur le globe. Une petite portion se font même prophète de malheur et craigne une dépression économique quasi-apocalyptique. Et enfin, de l’autre côté du spectre, on peut compiler une proportion d’environ 10% à 15% des experts, qui soit estiment que le contexte actuel est encore trop incertain pour s’aventurer dans le jeu des prédictions, qu’elles soient optimistes ou pessimistes, et il y en a même certains qui affirment au contraire que la planète économique pourrait profiter d’un boost commercial et le début d’une nouvelle ère à venir de prospérité financière. 

Espérons que ce soit ces derniers qui aient raison! 

Nous reviendrons d’ailleurs sur plusieurs dossiers économiques intéressants au cours de prochaines parutions, dont celui des cryptomonnaies. En attendant, et même si l’on estime plus prudent de se garder une certaine réserve quant aux prédictions – surtout celles qui feraient preuve d’un trop grand jovialisme face aux difficultés actuelles ou à venir, l’année 2023 s’annonce à tout le moins des plus intéressantes.

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Francois Di Candido

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