Chaque année, je me répète et je radote, mais que voulez-vous.?. Octobre est vraiment mon mois préféré de l’année, les journées sont encore relativement chaudes, mais les nuits fraîches et on dort bien. Et puis il y a l’Halloween, une nuit où l’on peut avoir 7 ans, 17 ans ou 77 ans, enfiler n’importe quel costume, se promener dans le noir avec une citrouille à la main et, surtout, avoir officiellement le droit de sonner chez les voisins pour leur réclamer des bonbons.
Mais derrière les sorcières, les vampires, les squelettes et les montagnes de friandises se cache une fête étonnamment ancienne.
Des Celtes aux bonbons
Les origines de l’Halloween remontent à Samhain, une célébration celtique marquant la fin des récoltes et l’entrée dans la saison sombre. Selon les croyances de l’époque, la frontière entre le monde des vivants et celui des morts devenait particulièrement mince à ce moment de l’année. On se déguisait notamment pour se protéger des — ou se fondre parmi les — créatures surnaturelles censées rôder cette nuit-là.
Au fil des siècles, les traditions celtiques se sont mêlées aux célébrations chrétiennes de la Toussaint et de la Fête des Morts. Le terme Halloween provient d’ailleurs de All Hallows’ Eve, soit la veille de la Toussaint. Puis les immigrants irlandais et écossais ont transporté ces traditions en Amérique du Nord au XIXe siècle. Mais c’est vraiment après la Seconde guerre mondiale que le «trick-or-treating», a pris son envol sous sa forme moderne et que les adorables petits monstres ont commencée à venir quêter des friandises.
Et les citrouilles dans tout ça? Surprise: les premiers Celtes sculptaient plutôt des navets. Mais la citrouille étant abondamment disponible Amérique du Nord, et se sculptant par ailleurs beaucoup mieux, elle devint tout naturellement le légume de prédiction.
Une peur qui rapporte gros

Aujourd’hui, l’Halloween est devenue une véritable saison commerciale: costumes, bonbons, décorations, citrouilles, films d’horreur, fêtes, attractions, visites de maisons hantées… Aux États-Unis, la National Retail Federation estime que les consommateurs dépenseront 13,5 milliards de dollars américains en 2026, marquant un nouveau record, et que pas moins de 74% des consommateurs américains prévoient participer à l’Halloween cette année. De même, au Canada, selon un sondage Léger réalisé en octobre 2025, 80% des enfants comptaient participer à la récolte de bonbons, tandis que 46% des Canadiens prévoyaient distribuer des friandises, et 39% prévoyaient décorer leur maison.
Pour ce qui est de Montréal, il n’existe pas, à ma connaissance (ou je n’ai pas pu trouver dans mes recherches enthousiastes) de chiffres récents et fiables permettant d’isoler précisément les retombées économiques. La Ville avait néanmoins déjà relevé, en 2014, 287 635 enfants susceptibles de sonner aux portes montréalaises, 26 entreprises de fabrication de confiseries et 1135 emplois liés à ce secteur sur l’île. Elle estimait aussi à 154$ les dépenses annuelles moyennes des ménages montréalais en bonbons… bref, une respectable petite machine économique.
L’Halloween à Montréal, ville de fantômes et de légendes…
Montréal a aussi son lot d’histoires cauchemardesques à faire frissonner. Quatre siècles de folklore, des épidémies, des incendies, des crimes, des cimetières déplacés, des quartiers ouvriers disparus et quelques légendes à vous glacer le sang. Montréal a produit ses propres fantômes tragiques, ses mythes de créatures terrifiantes.
Prenons Mary Gallagher, probablement la plus célèbre revenante montréalaise. En 1879, dans Griffintown, cette femme fut sauvagement assassinée et décapitée par Susan Kennedy. Le crime est parfaitement documenté. La légende, elle, est beaucoup plus ténébreuse: Mary reviendrait tous les sept ans à l’angle des rues William et Murray, à la recherche de sa tête perdue. Des témoignages d’apparitions ont alimenté la légende pendant des générations.

Mary Gallagher
Au Centre-ville, sous la place du Canada et le Square Dorchester se trouvait autrefois le cimetière Saint-Antoine, où furent enterrées des milliers de victimes des épidémies de choléra du XIXe siècle. Aujourd’hui, les promeneurs traversent tranquillement le secteur sans nécessairement penser qu’ils marchent littéralement sur une partie de l’ancien cimetière. Tourisme Montréal classe d’ailleurs l’endroit parmi les lieux montréalais particulièrement propices aux histoires de fantômes.
Puis il y a le Château Ramezay, dans le Vieux-Montréal. Des employés et visiteurs ont raconté avoir entendu des pas inexpliqués, des voix, des bruits provenant de pièces vides et même avoir aperçu des silhouettes vêtues à l’ancienne disparaissant soudainement. Un technicien aurait notamment raconté avoir retrouvé des objets déplacés dans des circonstances qu’il jugeait inexplicables. Le musée, lui, ne prétend évidemment pas avoir scientifiquement démontré l’existence de fantômes.

Homme à tête de chien © auntedmontreal.com
En 1886, Griffintown aurait ainsi fait connaissance avec un inquiétant personnage à tête de chien. Plusieurs habitants racontèrent avoir aperçu une étrange créature humanoïde rôdant dans le quartier, suffisamment inquiétante pour que l’affaire finisse par attirer l’attention de la police. Un sergent crut finalement avoir trouvé l’explication: un énorme chien Terre-Neuve qui, dans l’obscurité, avait la fâcheuse habitude de se dresser sur ses pattes arrière.

Homme à tête de chien © auntedmontreal.com
Affaire classée? Pas si vite.
Certains témoignages ne concordaient pas tout à fait avec cette explication et la mystérieuse créature continua de nourrir les conversations. Voilà donc une des premières grandes histoires de monstre de Montréal : un possible homme-chien, un gros toutou particulièrement mal éclairé… ou quelque chose que les habitants de Griffintown préféraient ne pas regarder de trop près.
Au musée Redpath, sur le campus de l’Université McGill, les visiteurs ont plusieurs raisons d’avoir la chair de poule. Fossiles, squelettes, momies, animaux naturalisés et autres vestiges de créatures disparues depuis des milliers, voire des millions d’années, composent une collection qui semble avoir été conçue pour un film d’horreur des années ’80.
Le musée traîne aussi depuis longtemps une réputation de phénomènes étranges. Des visiteurs et des employés ont raconté avoir entendu des bruits inexpliqués, observé des objets déplacés ou ressenti des présences dans des pièces désertes. Certains récits évoquent même des manifestations liées à des objets ou à des spécimens conservés dans les collections.
Au Reine Elizabeth, l’un des hôtels les plus célèbres de Montréal, circule depuis longtemps la légende d’une femme vêtue de blanc qui apparaîtrait dans les corridors et les escaliers. Une silhouette aperçue furtivement, parfois avant de disparaître aussi mystérieusement qu’elle était apparue. D’autres récits parlent de bruits de pas, de coups et de cette étrange sensation qu’une pièce vient soudainement de perdre quelques degrés.
Une apparition dans un hôtel montréalais ? Rien de si extraordinaire, me direz-vous. Sauf que le Reine Elizabeth compte suffisamment d’histoires derrière ses murs pour qu’on ait envie, en traversant ses corridors après minuit, de marcher un peu plus vite.
Tout cela rend l’Halloween irrésistible, même si nous savons que les fantômes n’existent pas… probablement? Mais le 31 octobre, dans une ruelle sombre du Vieux-Montréal, avec le vent qui fait claquer une vieille fenêtre et une silhouette qui disparaît au coin de la rue, on aime bien faire semblant d’en douter. Après tout, à l’Halloween, la frontière entre le réel et l’imaginaire n’a pas besoin d’être franchie, juste entrouverte.
