Si on parle d’écrivains et de Montréal dans la même phrase, il y a de fortes chances que le nom qui revienne le plus souvent dans la tête des Québécois soit celui de Michel Tremblay. L’auteur des Chroniques du Plateau-Mont-Royal, des Belles-soeurs, d’Albertine en cinq temps, de La Diaspora des Desrosiers et de plusieurs autres classiques raconte son rapport à sa ville.

© Laurent Theillet

Le créateur n’est pas surpris d’être si fortement associé à la métropole dans l’imaginaire collectif. «J’ai beaucoup parlé de la ville et de choses que je pensais personnelles, mais qui se sont avérées plus collectives que je le croyais. J’ai puisé dans les souvenirs de ma génération et celle des baby-boomers qui ont suivi. Pour les plus jeunes qui me lisent maintenant, je suis perçu comme un auteur de romans historiques: je leur apprends des choses sur la société et la religion catholique dont on parle si peu aujourd’hui.»

Né le 25 juin 1942 sur le Plateau-Mont-Royal, Tremblay a quitté son quartier chéri pendant quinze ans pour vivre à Outremont, entre 1974 et 1989, avant de revenir vers ses racines. «Le Plateau est le quartier marquant de ma vie. C’est peut-être juste parce que j’y suis né. C’est encore agréable à habiter, si on s’éloigne du centre très occupé. On peut profiter d’une belle vie de quartier, se promener et aller dans des restaurants extraordinaires.» L’homme de mots parle de son coin avec simplicité, sans exagérer l’analyse psycho-sociale qui le relie au secteur.

D’ailleurs, l’importance du Plateau dans ses écrits n’est pas le fruit d’un choix conscient. «Au départ, je ne voulais pas faire un hommage à un quartier, mais à des personnages qui vivent dans un environnement qu’on aime. Lorsque j’ai commencé à écrire les Chroniques du Plateau, il y a 43 ans, je ne me suis pas dit que j’allais écrire un cycle de romans sur un lieu. J’ai simplement décrit ce qui entourait les personnages.» Cela dit, ses descriptions sont loin d’être approximatives. «Je pense avoir vécu mon enfance de façon très intense et ramassé des millions de détails à travers lesquels j’ai pu m’inventer un univers. Je pense que les auteurs qui puisent dans leurs souvenirs le font naturellement. On ne peut pas dire que ce soit inconscient, mais ça vient tout seul.»

Malgré son attachement envers Montréal, Michel Tremblay a pris l’habitude de s’en éloigner pour écrire. «En 1970, j’ai écrit la pièce À toi, pour toujours, ta Marie-Lou à New York, tout de suite après les événements d’octobre. J’ai écrit ça en réaction. Je pense que je n’aurais pas pu l’écrire à Montréal, plongé dans la situation que l’on vivait.» Onze ans plus tard, il a acheté une maison à Key West, en Floride, où quantité de romans et de pièces ont été créés depuis. «J’ai écrit les romans de la Diaspora, soit la genèse des Chroniques, au complet là-bas. Et cette année, j’y ai écrit le roman de la genèse de la genèse.»

L’éloignement du quotidien montréalais l’inspire, mais il n’hésite pas à dire que tout lui manque de Montréal, spécialement la culture. «À mon arrivée à Key West en 1991, la culture était importante, mais depuis, c’est devenu une île d’argent. Les théâtres du Québec me manquent beaucoup quand je suis en Floride. Heureusement, avec la venue de Netflix et des plateformes de diffusion d’opéras auxquelles je suis abonné, ma vie culturelle est plus intéressante. Mais, durant les vingt premières années, à l’exception des livres, c’était difficile de trouver de la nourriture artistique là-bas.»

L’art est d’ailleurs au cœur de son discours quand il réfléchit aux forces de Montréal. «Même si Montréal n’a pas la taille des mégalopoles comme Paris, Londres et New York, elle a une vie artistique absolument remarquable pour une ville de moyenne grosseur. En temps normal, soit avant la crise sanitaire dans laquelle nous sommes plongés, j’ai toujours trouvé que Montréal était une ville débrouillarde. Elle n’a jamais été une ville très riche ni très pauvre, mais elle arrivait à se débrouiller avec ce qu’elle avait.»

Quand on lui demande ce qu’il espère pour la métropole dans un futur à long terme, il a bien du mal à faire abstraction de la situation actuelle. «La seule chose qu’on puisse rêver ou souhaiter à Montréal, c’est qu’elle redevienne le plus près possible de ce qu’elle était avant.»

Photo bannière principale © Laurent Theillet

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Samuel Larochelle

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