C’était il y a de cela quelques mois à peine, en ce 5 novembre 2017, Valérie Plante mettait en déroute l’administration Coderre qui avait usé la patience des Montréalais. La nouvelle Mairesse pouvait alors se targuer d’avoir suscité de l’enthousiasme et une confiance certaine de la part d’une grande partie de la population.

Mais le début de l’année a été vécu comme un choc pour beaucoup, alors qu’une hausse drastique de taxes fut annoncée. Et comme s’il fallait attiser un peu plus les flammes, l’administration Plante assumait cette hausse en précisant qu’elle avait respecté son engagement de ne pas augmenter la taxe foncière au-delà de l’inflation, mais qu’elle n’avait en revanche jamais parlé de la taxe d’eau. Pourtant, une des affiches de campagne de la candidate de l’époque était sans équivoque à ce propos : « Plus de bienvenue. Moins de taxes. »

Bon nombre de Montréalais ne semblent pas apprécier que l’on joue ainsi sur les mots. Échos Montréal s’est penché particulièrement sur le cas des commerçants du Vieux-Montréal et du Centre-Ville qui, en plus de cette augmentation de taxes impromptue, subissent d’autres facteurs nuisibles, comme les travaux titanesques de la rue Sainte-Catherine ou encore la hausse prévue des contraventions relatives au stationnement.

 

Le Centre-Ville : de moins en moins attractif pour les commerçants 

© Archives Échos Montréal

Le discours d’André Poulin, directeur général de la Société de Développement Comerciale (SDC) Destination Centre-Ville, traduit l’inquiétude qui règne chez les commerçants. Il souligne aussi que le Centre-Ville et l’île en général deviennent de moins en moins attractifs conséquemment à un prix des loyers élevé comparativement à la périphérie, qui d’ailleurs se porte bien: « Il faut se rendre compte à un moment donné que si ça coûte trop cher de faire des affaires à Montréal, les gens vont aller ailleurs, et ils ont déjà débuté. La Couronne se développe beaucoup, les taxes sont moins chères. Il y a moins d’inconvénients. Les travaux sont mieux planifiés… »

Monsieur Poulin critique vivement la décision de Valérie Plante d’augmenter la taxe d’eau: « La Mairesse ne peut pas dire qu’elle n’a pas le contrôle dessus. C’est elle qui a le contrôle. Le commerçant ou l’entrepreneur quelconque, il n’est pas là pour gonfler les coffres de la ville. À un moment donné, il faut que ça rapporte quelque chose pour lui parce qu’il travaille très fort. Y en a beaucoup qui m’ont témoigné avoir fait ça pour se ramasser un peu de sous pour leur retraite puis là ils sont en train de grignoter là-dedans et ils ne sont pas très contents. »

Il convient de souligner que le désarroi est d’autant plus fort pour les commerçants de la rue Sainte-Catherine qui connaissent en ce moment une période plus que délicate avec les travaux de grande ampleur qui s’étendent de la rue De Bleury jusqu’à la rue Mansfield et qui ne finiront pas avant la fin du mois d’avril. Malheureusement pour eux, ces travaux ne sont que le début d’une longue série.

André Poulin s’inquiète aussi d’une baisse d’attractivité du Centre-Ville liée au prix des stationnements ainsi qu’à la hausse des amendes pour les contrevenants : « Tout ce qu’on voulait c’était s’approcher le plus possible des centres commerciaux dont le stationnement est abondant et gratuit. Il faut alléger le fardeau du stationnement, autant au niveau de la disponibilité que du coût. »

 

Le Vieux-Montréal n’est pas épargné

Outre la suppression des calèches qui pourrait potentiellement avoir un impact sur l’attractivité du quartier historique, les commerçants du Vieux-Montréal se retrouvent eux aussi dans une situation délicate alors que les loyers dans ce secteur sont très élevés.

Pour Jean-Marc Lavoie, directeur du Jardin Nelson, la pilule a du mal à passer. Il rappelle que les commerçants devaient déjà financer l’installation des compteurs à eau pour se conformer à la nouvelle réglementation qui lui a d’ailleurs coûté plusieurs milliers de dollars. L’échéance était justement fin janvier 2018: « En rajoutant la taxe d’eau, cela fait une double pénalité. On essaie d’absorber ce que l’on peut, mais au final cela risque de se répercuter sur le prix payé par les clients ». Comme André Poulin, monsieur Lavoie évoque la concurrence commerciale accrue des zones périphériques.

Concernant la hausse des taxes, Mario Lafrance, directeur général de la SDC du Vieux-Montréal confirme qu’il s’agit d’une surprise qui n’avait pas forcément été anticipée par les commerçants. Pour ce qui est de la problématique des stationnements, particulièrement criante dans le quartier touristique, Monsieur Lafrance suggère une baisse du prix des parcomètres à certaines périodes : « Il serait fort intéressant que durant les soirs et les fins de semaine le coût des stationnements soit réduit, voir même gratuit par exemple le dimanche. »

 

La Ville répond

Face aux préoccupations des commerçants, Échos Montréal a contacté le Cabinet de la mairesse de Montréal. Youssef Amane, attaché de presse du comité exécutif répond, concernant la hausse des taxes ainsi que les travaux entrepris rue Sainte-Catherine, en précisant que le réseau d’aqueduc n’a pas été entretenu de manière convenable au cours des dernières décennies: « Rappelez-vous le trou béant qui avait englouti une rétrocaveuse sur Sainte-Catherine en 2013 et paralysé tout le centre-ville pendant des jours. Rappelez-vous aussi du nombre de bris d’aqueduc qui ont inondé plusieurs commerces ces dernières années en plus de paralyser les artères commerciales et par le fait même, de stopper les activités de plusieurs commerçants ». Il affirme de plus que des travaux d’urgences non planifiés peuvent coûter jusqu’à 10 fois plus cher que lorsque les travaux ont été faits à temps.

Précisant que l’inaction serait la mesure la plus dangereuse pour les commerçants, monsieur Amane indique: « Dans le cadre de la stratégie de développement économique 2018-2022 qui sera présentée cet été, nous mettons sur pied le tout premier plan de développement commercial de Montréal. Ce plan, qui sera créé avec l’aide de plusieurs acteurs du développement commercial montréalais, comportera plusieurs mesures, dont une aide financière pour les commerçants affectés par un des travaux majeurs de la ville, pour assurer la pérennité des commerces montréalais. »

Aussi, la Ville serait en train de réfléchir à des moyens de faire baisser les taxes des commerçants: « Depuis l’abolition de la taxe d’affaires en 2003, les commerçants ont vu leur compte de taxes augmenter de façon disproportionnée. C’est pourquoi nous travaillons sur différentes mesures qui permettront d’alléger le fardeau fiscal de nos commerçants dès l’an prochain et étudions des mesures à long terme pour remédier à cette situation que nous dénonçons depuis plusieurs années. »

Seulement pour le moment, les commerçants ont vu l’effet inverse avec cette hausse de taxe d’eau soudaine. En réponse à la mauvaise surprise que fut cette annonce, la Ville se défend : « Nous avons été tout aussi surpris de découvrir le gouffre financier que nous a laissé la précédente administration et nous sommes conscients du fardeau fiscal que portent les commerçants. »

 

Un air de déjà entendu ?

Malheureusement, cet argument risque de ne pas satisfaire tout le monde. Avant même que la Ville ne réponde aux questions d’Échos Montréal, le directeur du Jardin Nelson Jean-Marc Lavoie confiait : « À chaque fois qu’il y a un nouveau gouvernement, que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral, ils ont toujours la bonne habitude de dire « Bah écoutez j’ai repris ça pis on nous avait caché ça »… Là nous autres on est tanné d’entendre ça ». Il reproche à l’administration Plante de ne pas avoir réparti la taxe dans le temps ainsi que de ne pas avoir prévenu à l’avance de cette augmentation.

Mais Jean-Marc Lavoie reste toutefois optimiste et espère qu’il s’agit d’un nuage gris dans un ciel bleu, en parlant de la nouvelle administration : « Elle a toujours notre capital sympathie, mais disons qu’elle a fait un faux pas. Plusieurs personnes avaient souhaité qu’elle se rétracte, mais elle ne l’a pas fait ». Il nous confie espérer au moins que l’argent récolté le sera à bon escient, contrairement à beaucoup de gaspillage les années passées, notamment sous l’administration Coderre.

Les mesures annoncées par la Ville pour alléger le fardeau fiscal des commerçants et dédommager ceux qui sont affectés par un des travaux majeurs devront arriver rapidement et être à la hauteur de l’urgence liée à leur situation financière. Ceci afin de restaurer le capital confiance, grandement érodé ces dernières semaines.

 

Crédit photo bannière : Archives Échos Montréal

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Benoît Gaucher

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